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La revue du Groupe URD

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Comment contextualiser les réponses en matière de construction de logements ?
Carolyn Garcia & Vincent Trabaud

 

 Plus encore que des objectifs de résistances parasismiques : des enjeux architecturaux à promouvoir pour viser une bonne durabilité et l’appropriation

Construire, particulièrement en milieu rural, demande d’ancrer les nouvelles constructions, en particulier d’habitats, dans les modes d’habiter, dans le paysage environnemental et dans l’équilibre économique local… Aussi, pour comprendre ces enjeux que l’on peut qualifier d’« architecturaux » ou ces enjeux d’intégration aux divers contextes, il est indispensable de prendre en compte plusieurs approches dont :

  • La compréhension du contexte dans sa globalité et ses spécificités locales, dès le diagnostic ;
  • La continuité entre la phase d’urgence et le développement durable, en intégrant dès la conception les besoins à long termes ;
  • La médiation des compétences et des enjeux dans une équipe pluridisciplinaire, aux rôles et aux degrés de responsabilités multiples ;
  • La combinaison d’exigences techniques et de qualités en termes d’habitabilité ;
  • L’adaptation du modèle d’habitat à chaque lieu et à chaque famille, ainsi que leurs évolutions dans le temps.

Pour répondre au mieux à ces approches, les compétences pluridisciplinaires d’un architecte au sein des projets de constructions de logement sont précieuses afin d’orienter les choix de conception vers des solutions durables, adaptées au contexte et respectueuses des habitants. L’architecte a en effet les outils et la connaissance pour optimiser un programme de construction à condition d’être également en capacité de décider de réorienter, si nécessaire, les objectifs et modalités des programmes qui ne peuvent être complétement déterminés à l’origine, les différentes phases de diagnostics aidant au fur et à mesure à clarifier le programme dans toute sa complexité.

Enfin, si l’architecte est celui qui peut combiner le savoir technique et les spécificités d’un contexte, l’architecte haïtien serait le mieux placé pour apporter la compréhension de la culture haïtienne et contribuer à établir les enjeux prioritaires pour le développement de son pays. Sa présence dans l’équipe dès le diagnostic initial permettrait de comprendre plus rapidement les besoins des familles et d’intégrer dans le projet de construction les qualités de l’architecture traditionnelle. Enfin, à long terme, il pourrait assurer une veille sur la qualité des bâtiments construits, la préservation des caractères patrimoniaux des constructions et l’appropriation par les habitants, au-delà des bénéficiaires, d’un savoir constructif renforcé et adapté à l’identité locale. Or, l’architecte haïtien est le grand absent des programmes de relogement menés par l’aide internationale en Haïti, alors même que nombre d’ingénieurs et de boss [1] maçons locaux ont été parties prenantes de ces programmes.

Cela pose donc une série de questions : Quelles sont les responsabilités de l’aide internationale vis-à-vis du type de reconstruction proposée après une crise ? Comment mieux comprendre pour mieux reconstruire ? Comment renforcer les compétences locales pour améliorer les pratiques locales sans en perdre le sens ? En résumé, comment mieux s’ancrer dans les cultures constructives pour sauvegarder le patrimoine et améliorer ces cultures afin d’assurer la sécurité des personnes face aux risques ?

Carolyn Garcia & Vincent Trabaud

Article issu de l’étude menée en Haïti en 2013-2014.


[1] Un « Boss » est un équivalent du chef de chantier spécialisé dans un ou plusieurs domaines de la construction.