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Comment devenir possesseur d’une parcelle de terre à Canaan ?

 

 Conclusion

L’État haïtien s’est retrouvé confronté à une double difficulté concernant Canaan : d’une part, l’inquiétude concernant la légitimation des occupants de facto des terrains, car la question de l’indemnisation n’a pas été réglée avec les prétendus propriétaires et, d’autre part, l’incapacité financière d’y lancer des projets d’envergure répondant à ses prétentions.

D’après un ancien membre du Conseil municipal de la Croix-des-Bouquets, la question foncière est posée à Canaan dans les mêmes termes que dans la plupart des endroits de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Hernando De Soto évoque l’insécurité foncière comme un grand frein au développement urbain [6] . L’auteur de Le mystère du capital, pose cette question à travers la nation d’« extralégalité ». La question foncière représente aussi un axe important dans le processus de la reconstruction. Dans le Plan d’Action pour le relèvement et le Développement d’Haïti (PADRNH) (Gouvernement de la République d’Haïti, mars 2010, p. 25), l’établissement d’un registre foncier est un préalable à la reconstruction. Le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) a même créé une cellule devant travailler sur la question. La « cellule Législation, Institutions, Foncier est chargée d’analyser, de coordonner au niveau national toutes les activités ayant trait aux questions foncières, et de proposer un cadre juridique afin de remédier à l’insécurité foncière. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 n’a fait que mettre en évidence les profondes lacunes institutionnelles » (peut-on lire sur le site du CIAT [7]).

Il est bien évident qu’aucun plan de réponse à une crise majeure n’existait en Haïti avant le 12 janvier 2010. L’État haïtien n’avait ainsi pas pris en compte dans une quelconque stratégie les conséquences d’un éventuel séisme, pourtant annoncé dans la région métropolitaine de Port-au-Prince [8]. Il n’était alors déjà pas en mesure d’apporter de réponse aux problèmes très immédiats de la population, comme celui du logement. Le bouleversement provoqué par le séisme, les réflexions que celui-ci a suscitées sur les causes profondes de la catastrophe et la présence massive d’organisations internationales auraient toutefois dû permettre d’organiser ou au minimum de circonscrire l’arrivée des déplacés sur le site de Canaan. Or, il est un fait que les mêmes mécanismes qui prévalent depuis des décennies dans la dynamique d’urbanisation en Haïti se sont mis ici en place : laissez-faire et déni de réalité. Les mêmes discours pouvaient s’entendre au niveau des autorités publiques qu’au niveau des organisations internationales (Nations Unies, bailleurs et majorité des ONG). Canaan n’existait pas, car Canaan ne devait pas exister. Ce déni est tout à fait similaire à l’attitude de certaines municipalités de l’Aire métropolitaine qui refusent toujours d’admettre l’existence de certains quartiers informels pourtant installés depuis des décennies. Au lieu de prendre le problème à la racine, celui-ci a été ignoré et on arrive aujourd’hui à une vaste tâche urbaine, dont le contrôle se complique chaque jour et qui nourrit les fantasmes. Une réponse partielle et tardive ne peut pourtant qu’engendrer des effets pervers et qu’accroitre le coût humain et financier de la réponse. Elle laisse également à penser que la stratégie de réponse à la catastrophe n’a pas été pensée globalement, permettant le développement rapide d’un quartier dont le nombre d’habitants est à présent proche de la population d’une ville moyenne haïtienne. En tout état de cause, Canaan est une parfaite illustration des manquements de la stratégie de réponse au séisme, de l’urgence à la reconstruction.

Ces questions seront développées dans le rapport en cours de finalisation sur la thématique Environnement & Reconstruction : le cas de Canaan.

Pour en savoir plus sur le sujet :


• Groupe URD (Alice Corbet) : Approche communautaire en Haïti : décryptage de la notion de « communautaire » et recommandations, Novembre 2012.

• Richener Noel, Rapport en cours de finalisation sur Environnement & Reconstruction : le cas de Canaan, Groupe URD.


[6] Soto Hernando De (2005). Le Mystère du Capital. Pourquoi le capitalisme triomphe en occident et échoue partout ailleurs ? Flammarion, Paris.

[7] http://ciat.gouv.ht/dossiers/dossie....

[8] Dans l’histoire de ce pays, plusieurs séismes majeurs ont causé de grands dommages. Port-au-Prince en a connu deux : 1751 et 1770. Ils avaient réduit la ville à néant. Avant le 12 janvier 2010, il n’y avait certes pas d’investissement de l’État haïtien en matière de recherche sismologique, mais certains chercheurs et d’autres personnes averties lançaient des cris d’alarme avertissant l’imminence d’un séisme de grande envergure dans la ville (Claude Preptit. : Tremblements de terre en Haïti : mythe ou réalité ?), Laboratoire national des Bâtiments publics et Aléa et risque sismique en Haïti. Bureau des mines et de l’Énergie http://web.ics.purdue.edu/ ecalais/.... Calais E., (2002). L’aléa sismique en Haïti, cadre géographique et temporel.