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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

La résilience : un mot à la mode et utile
Synthèse des débats

Mots-clés: Point de vue / Résilience /
 

 Concept porteur ou mot à la mode ?

La résilience a-t-elle le potentiel pour être pérenne et devenir le nouveau concept « durable » ou se destine-t-elle à être seulement un concept temporaire, voué à être balayé par le prochain mot en vogue ? Il est fort possible qu’elle risque de connaître le même sort que le concept de « sécurité humaine », à savoir un mot à la mode qui n’a pas réussi à améliorer grand chose. Certains segments du secteur humanitaire ont d’ailleurs l’impression qu’il ne s’agit que d’un mot à la mode, et refusent de l’utiliser, pensant qu’il n’engendrera aucun changement.

La notion de résilience a été largement impulsée par les bailleurs, et l’inefficacité de l’aide dans des contextes de vulnérabilité chronique et de crises récurrentes (comme au Sahel et dans la Corne de l’Afrique) a pu influencer sa propagation. Ces deux observations nous indiquent que le concept semble pérenne, du moins pour un certain temps. Sa présence à long terme en tant qu’agenda prioritaire s’explique également par la probabilité de plus en plus élevée de chocs, ainsi que par le changement climatique et les disparités économiques qui contribuent à augmenter les facteurs de risque. Certaines personnes avancent l’argument selon lequel la résilience serait « les habits neufs de l’empereur ». Pour d’autres encore, la résilience est un concept novateur et porteur dont la nature multidimensionnelle permet de lier différentes échelles géographiques et temporelles mais aussi de faire le lien entre divers sous-ensembles du système humanitaire, relativement inefficaces lorsqu’ils fonctionnent en clusters isolés.
Quoi qu’il en soit, le fait que la résilience demeure un simple engouement temporaire ou qu’elle s’avère être un véritable cadre pour les interventions humanitaires dépend uniquement de la façon dont le système de l’aide trouvera les moyens pour le faire fonctionner.

Le concept de résilience peut donc s’avérer utile, mais il s’agit surtout de voir comment travailler avec, puisque non seulement les bailleurs l’imposent comme cadre global, mais la réalité la rend également indispensable. La communauté humanitaire joue un rôle très important en termes de préparation à l’intervention d’urgence, alors que les acteurs du développement ne se rendent parfois pas compte que la prévention des catastrophes naturelles et la réduction des risques devraient être au centre de leur mandat. Cette configuration a toutefois tendance à évoluer, certes lentement, et l’émergence du concept de résilience devrait rendre cette évolution nécessaire.
Dans ce paysage émergent d’une responsabilité partagée entre le secteur de l’humanitaire et celui du développement pour renforcer la résilience, il est important d’identifier ce que les acteurs humanitaires peuvent faire, en accord avec leur échelle de temps d’action à court terme et leurs principes directeurs. Le renforcement de la résilience ne devrait pas s’opérer au détriment du sauvetage des vies de façon impartiale et indépendante. Il est donc nécessaire de développer des outils et des instruments pour guider les acteurs humanitaires à travers un champ potentiellement « miné ».

Pour finir, l’approche de la résilience englobe de nombreux éléments du débat sur le lien entre urgence, réhabilitation et développement (LRRD) mais dégage des opportunités intéressantes dans le cadre d’une approche « bottom-up » (ascendante), se concentrant sur ces problématiques sous l’angle des communautés et des populations affectées. Le débat sur le lien entre urgence et développement date en effet d’une vingtaine d’années, et commence à peine à progresser. Le questionnement autour de la résilience donne ainsi un souffle nouveau à cette problématique, offrant une bien meilleure perspective et de meilleures opportunités pour influencer l’agenda du développement.