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Le modèle d’innovation à trois niveaux du Croissant-Rouge qatari face à la crise des réfugiés syriens au Liban
Omar Katerji

 

Garder un œil sur les tendances : un élément-clé du modèle d’innovation Une fois les composants théoriques mis en place, produire un modèle d’innovation solide nécessite dans la pratique que les responsables d’organisation humanitaire suivent de près les principales tendances à l’œuvre. Puisque les innovations sont construites à partir d’idées novatrices et d’inventions générées pour produire des valeurs plus importantes à partir de ressources existantes ou nouvelles, le modèle d’innovation doit être conçu de façon dynamique, sa seule constante étant sa forte capacité d’adaptation aux tendances. A titre d’exemple, la hausse dramatique du nombre de conflits et de décès (UCDP, 2015) [2] et l’augmentation exponentielle de la durée des guerres civiles [3] depuis la Seconde Guerre mondiale (voir Bandt, Mason, Gurses, Petrovsky, & Radin, 2008), en particulier au Moyen-Orient (voir les données du Center for Preventive Action) [4], associées au ralentissement économique mondial et aux syndromes de lassitude des bailleurs (Barnes, 2006), sont des tendances qui doivent être prises en compte au moment de concevoir des plans d’intervention innovants. Parmi les autres tendances à prendre en compte, il faut noter les lacunes historiques du secteur humanitaire en termes d’indépendance (Nunnenkamp, et al., 2008), d’efficience et d’efficacité (Harevy, 2012 ; Norris, 2012 ; Tran, 2012 ; Nunnenkamp, Weingarth & Johannes, 2008). Les défis spécifiques liés à ces derniers points seront examinés dans l’étude de cas présentée ci-dessous.

 Etude de cas : l’innovation de la Société du Croissant-Rouge qatari au Liban

Avec environ 1,1 million de réfugiés syriens qui ont fui au Liban voisin – dont la population est légèrement inférieure à 4,5 millions d’habitants (UNHCR, 2016 ; Banque mondiale, 2016 [5] ) –, l’hospitalité du Liban a atteint sa limite, a fortiori aujourd’hui où la crise syrienne entre dans sa sixième année. En plus de l’importance de ce flux et de la durée de la crise syrienne, la situation humanitaire au Liban est également composée d’une accumulation de difficultés comme l’instabilité politique du pays – y compris sa division sur la question des réfugiés – ainsi que les problèmes sécuritaires et confessionnels. A tout cela viennent s’ajouter des facteurs saisonniers comme les hivers froids qui menacent la survie des réfugiés dans les zones de haute altitude.

 Plus chaud pour moins cher

Des estimations prudentes suggèrent qu’au moins 200 $ seraient dépensés par famille, ce qui représente un coût global de 2,1 milliards $ par an (Chatham House, 2015). De plus, le combustible utilisé pour chauffer annuellement les personnes déplacées émet environ 13 millions de tonnes de dioxyde de carbone (tCO2) par an (Lahn & Grafham, 2015). La dépendance vis-à-vis des combustibles primitifs est une cause de mort prématurée pour environ 20.000 personnes déplacées chaque année, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques pour les enfants et les personnes âgées (ibid.). Les villages de haute altitude du Liban, où les températures descendent très bas et où de nombreux réfugiés syriens ont cherché refuge, compliquent encore leurs conditions de vie déjà difficiles, notamment parce que le gouvernement libanais n’a pas autorisé la mise en place de camps de réfugiés formels (Rainey, 2015). A titre d’exemple, dans la zone de la Beqaa, située à 55 km à l’est de Beyrouth, pas moins de 363.000 réfugiés syriens (UNHCR, 2016) vivent actuellement dans des villes de haute altitude comme Gaza, Bar Elias et Arsal, dépassant par leur nombre la communauté hôte de ces villes. L’une des catégories de réfugiés les plus vulnérables vit aujourd’hui sous des tentes dans des installations informelles. Depuis 2012, de nombreuses ONG ont fourni aux réfugiés syriens, en général en décembre de chaque année, des articles non alimentaires en guise de solutions à court terme pour l’hiver (couvertures, bâches en plastique, combustible de chauffage) pour les aider à affronter les hivers rigoureux. Ces solutions à court terme n’ont pas permis d’explorer des solutions plus durables à la vulnérabilité des réfugiés syriens. Cela était principalement dû à une incompréhension de la part de nombreuses ONG en ce qui concerne la position du ministère des Affaires sociales quant aux solutions d’abri permanents. Si le gouvernement s’est bien opposé à des installations formelles et des infrastructures en béton, il ne s’est en revanche jamais opposé à des solutions moins polluantes et plus efficientes faciles à démonter, si elles s’avéraient nécessaires. Pourtant, en suivant les tendances et les besoins, et en prenant en compte (i) les tendances météorologiques historiques, (ii) les effets négatifs des stratégies de survie face à l’hiver [6], (iii) la prévision d’une crise prolongée, et (iv) les vulnérabilités structurelles des abris de fortune, QRCS a pu tenir ses promesses – rendre les tentes des réfugiés plus chaudes avec moins d’équipements – grâce à des solutions d’articles non alimentaires à la fois innovants, polyvalents (rentabilité, légèreté, ignifuge et toutes saisons), chauds et « intelligents ».


[2] Le Uppsala Conflict Data Program (UCDP) enregistre les conflits violents en cours depuis les années 1970. Les chiffres ont été calculés en comparant le nombre de décès et de conflits en 2015 avec la moyenne des années 2010 à 2015.

[3] L’augmentation de la durée des guerres civiles (en jour) est de 374 % entre 1947 et 1997.

[4] Voir : www.cfr.org/thinktank/cpa/

[5] Accumuler les dettes pour acheter du combustible, acheter du combustible qui brûle mal et abattre du bois pour se chauffer.

[6] Le Comité international de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge koweitien.