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La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

Quality & Accountability COMPAS COMPAS Qualité & Redevabilité
CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Veille biblio septembre 2018

 Qualité de l’aide

Rapport

Making humanitarian response more flexible : challenges and questions, Alice Obrecht, ALNAP background paper, août 2018.
Ce rapport présente les enjeux et les questionnements concernant la flexibilité et les capacités d’adaptation dans le cadre de réponses humanitaires. Il répertorie les différentes façons dont les humanitaires modifient leurs engagements dans une réponse et les situations communes dans lesquelles ils doivent le faire, en soulignant les défis à relever pour apporter ces changements, sur la base d’évaluations récentes. L’auteur analyse également les obstacles à la flexibilité au sein des organisations humanitaires. L’étude se termine par un résumé de l’état des données probantes sur l’adaptation et une série de questions à continuer d’explorer.
https://www.alnap.org/system/files/content/resource/files/main/ALNAPpaper%20Making%20humanitarian%20response%20more%20flexible_1.pdf

 Sécurité alimentaire et nutrition

Ouvrages

Mass Starvation : The History and Future of Famine, Alex de Waal, Polity Press, 2018, 260 p.
Nous avons cru que les grandes famines avaient disparu. On mettait ce type de crise dans les caractéristiques des maux qui affectaient le continent africain. Dans son nouveau livre, Alex de Wall, un des meilleurs spécialistes de ces questions, tord le cou à ces deux mythes. Le deuxième d’abord. Devant les cris d’Éthiopie et du Sahel, les grandes famines de Chine, d’Inde ou de l’Union soviétique ont vite été oubliées, elles qui ont tué bien plus de monde et qui étaient très largement liées à des phénomènes qui n’avaient rien à voir avec la sécheresse : déjà, la politique et ses jeux de pouvoir, d’oppression et d’aliénation (ce que de Wall appelle « Political market place ») sont au cœur de ces famines du passé. Toute la thèse du Prix Nobel Amarthya Sen y ancre son argumentation : là où il y a une bonne gouvernance, il y a peu de risque de famine.
Puis le vent a tourné, et les famines liées à des sécheresses sont montées à l’horizon dans la presse, pour les bailleurs et pour les acteurs. Ces famines sont « faciles » à gérer, pour peu qu’il existe un bon système d’alerte, des stocks d’urgence et des efforts faits pour renforcer la résilience des populations. C’est cette direction qu’a pris le système de l’aide, avec les grands programmes « résilience » comme AGIR pour le Sahel et SHARE dans la Corne de l’Afrique. L’Asie, avec ses gouvernements autoritaires et sa croissance économique, ne permettait pas le retour des famines « agro-climatiques ».
Mais l’histoire nous attendait au tournant. Comme le décrit Alex de Wall, guerres, destructions des services, gouvernances sans foi ni loi ont permis le retour des grandes crises nutritionnelles. Allait-on voir le retour des grandes famines ? Pour l’instant non, car le système s’est équipé, préparé. Les gouvernements savent de plus en plus qu’une crise alimentaire mal gérée peut induire une perte de pouvoir. L’aide internationale ne veut plus voir ses accusations d’incapacité, comme après la famine en Somalie en 2011. Mais le retour de la famine comme arme de guerre guette encore, et des leaders sans scrupule n’hésitent pas à l’utiliser comme ils veulent contre des populations civiles sans grande capacité de défense. Plus grave encore, se multiplient les conditions dans lesquelles la vulnérabilité existante est telle qu’un tout petit déséquilibre, qu’il soit climatique ou politique, peut faire tomber les échafaudages fragiles et entrainer des crises alimentaires gravissimes. Certaines alors, pour peu que le contexte politique soit favorable à ce type d’évolution, tournent au syndrome « famine » tel que le décrivent les épidémiologistes.
Existe-t-il des options pour éviter ces évolutions dramatiques ? Pour de Wall, amélioration de la gouvernance et lutte contre l’impunité face aux crimes de guerre font partie des éléments clés pour réduire le risque de famine de masse. Arrivent ensuite toutes les stratégies économiques (réduction de la pauvreté, organisation des marchés), environnementales (mieux gérer sols, eaux, forets, etc.), agricoles (une recherche plus adaptée) et, au final, plus de justice sociale. Impossible ? Pas nécessairement. Difficile ? Sûrement.

Food Aid in Sudan : A History of Power, Politics and Profit, Susanne Jaspars, Zed Books, 2018, 249 p.
Souvent, les crises sont analysées sur un temps court, et les thématiques dans des contextes donnés, circonscrits dans le temps et l’espace. Le livre de Susanne Jaspars nous ouvre une autre perspective : celle d’une étude longitudinale sur près de quatre décennies, plusieurs phases de guerre et de paix, et sur une zone géographique grande comme un demi continent : le Soudan.
Le contexte des crises au Soudan, de la guerre au Sud jusqu’à la crise du Darfour en passant par les monts Nuba est très complexe et diversifié, comme le sont les acteurs de la violence dans chacune de ces guerres et les parties prenantes de l’aide pour répondre aux besoins des populations. La guerre d’indépendance du sud, qui s’est terminée au début des années 2000 et a conduit à l’indépendance, s’est elle-même installée dans un contexte de tensions internes au sud, qui ont réémergé depuis l’indépendance dans une hideuse guerre civile. Mais déjà alors, la faim était présente et l’aide alimentaire et nutritionnelle tentait d’y faire face, avec son lot de parachutages de sacs d’aide, ses centres nutritionnels, ses problèmes d’accès, etc. Au Darfour, c’est un autre type de conflit qui eut lieu et continue sans doute encore : avec ses conflits entre agro-pasteurs et pasteurs nomades, instrumentalisés par le pouvoir de Khartoum via ses fameux Janjawids, c’est une guerre du contrôle des territoires, pour certains même la première guerre du changement climatique. Là encore, on rencontre des problèmes d’accès, de convois alimentaires attaqués, mais cette fois dans un conflit où l’enjeu n’est plus l’intégrité nationale. On vit apparaitre les premières grandes « urbanisations » liées à la présence des déplacés, notamment autour de Niallah et d’Al Fasher, avec de nouvelles formes de mode de survie, plus urbaines, et de nouvelles questions de résilience.
Ces presque cinquante années d’aide alimentaire sous de multiples formes dans ce territoire soudanais multiforme posent la question de l’impact de ces milliards de dollars dépensés, de ces millions de tonnes d’aide distribués. Combien de vies sauvées, combien de villas construites, combien de familles remises sur pieds ? Combien de comptes en banque bien alimentés ? Mais surtout, combien de manipulations politiques, territoriales, organisées ? Le discours de certains acteurs (soutenons la survie des forces vives du Soudan pour qu’elles puissent contribuer au développement du pays) rencontre régulièrement celui, manipulateur, du gouvernement (l’aide alimentaire est un outil de l’occident pour déstabiliser le gouvernement). La population touchée par les conflits, qui reste toujours terriblement vulnérable et dépendante, et ne voit pas durablement son avenir s’améliorer, s’interroge sur qui sont les « profiteurs » du système : les acteurs de l’aide ou les institutions nationales et leurs leaders ? Comment les gouvernements se sont-ils organisés pour faire de cette aide alimentaire une source majeure de financement ; et comment le système de l’aide s’est créé une rente de situation ? L’ouvrage de Susanne Jasper n’apporte pas de réponse simple à ces questions, mais nous appelle à mieux réfléchir, à prendre le temps long comme perspective et la complexité comme cadre d’analyse.