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L’hospitalité envers les réfugiés et l’action humanitaire au nord du Liban : entre ordre social et histoire transfrontalière
Estella Carpi

 

Dans le cadre de ces récits binaires où les réfugiés syriens sont aussi bien victimisés que condamnés par les Libanais et la communauté internationale, les histoires quotidiennes de personnes, qui ont vécu côte à côte pendant des années et ont ensuite été « recrutées » comme « armes de compassion humaine » par les organismes humanitaires internationaux, restent souvent lettre morte. Par exemple, Osama, habitant de Bebnine [9], hébergeait en 2012 une famille syrienne de Douma sans bénéficier d’aucune aide financière de la part d’ONG. Osama était alors assez proche du mukhtar local (le gouverneur local en charge des affaires locales), qui avait recommandé sa famille auprès d’une ONG internationale afin qu’elle soit sélectionnée et aidée financièrement en vue d’accueillir une famille syrienne. Quand la période de financement a cessé, ils ont décidé de ne pas offrir « gratuitement » l’hospitalité à la famille syrienne qu’ils avaient accueillie à leur arrivée dans l’Akkar.

Osama lui-même estimait que les capacités financières de sa famille n’avaient pas changé au cours de la dernière année mais il s’attendait à recevoir une nouvelle aide financière pour continuer d’héberger cette famille syrienne. Cette anecdote montre comment la promotion d’une aide humanitaire locale, par le biais de la marchandisation de liens sociaux séculaires et de l’hospitalité, peut changer les habitudes culturelles et transformer les réponses locales en des questions de pertes et de gains économiques.

Aussi longtemps que le discours des humanitaires et des médias présentera les Libanais comme des populations hôtes, les réfugiés syriens sont tacitement supposés développer un sens de la conditionnalité de leur propre présence dans ce contexte d’accueil. Les nouveaux arrivants syriens subissent ainsi l’humiliation et l’objectivation par le secteur humanitaire, mais aussi les systèmes d’exploitation des travailleurs dans les pays voisins. La plupart des personnes interrogées pensaient donc avoir perdu leur dignité morale en ayant reçu des moyens de subsistance et en ayant dû se réinstaller après avoir abandonné leur maison et leur pays.

L’hospitalité est devenue le discours dominant quand on parle de réinstallations et de populations hôtes. Cette notion véhicule des jugements éthiques à l’égard des locaux, et un tel discours préserve l’ordre social qui convient le mieux aux politiques étatique et humanitaire : Akkar est vue dès lors comme « cupide » ou « généreuse ». En revanche, cela passe sous silence le fait que l’avarice, lorsqu’elle existe, n’exclut pas nécessairement la rancœur, et peut même être un des symptômes de cette rancœur.


[9] 14 janvier 2013.