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L’hospitalité envers les réfugiés et l’action humanitaire au nord du Liban : entre ordre social et histoire transfrontalière
Estella Carpi

 

 Ordre social et histoire transfrontalière

L’hospitalité est sans aucun doute un produit historique des liens séculaires qui unissent Syriens et Libanais dans l’Akkar, liens que je définirais même en termes de nation confuse et controversée. Ce court article cherchait à mettre en lumière les désavantages d’une hospitalité marchandisée lorsqu’elle est utilisée comme stratégie humanitaire provisoire et comme stratégie d’ordre social. Dans ce scénario, le discours public selon lequel les organisations humanitaires et le gouvernement central sont des acteurs efficaces, capables de calmer les tensions locales prétendument causées par l’arrivée des réfugiés, est surreprésenté aussi bien dans les médias internationaux que dans les rapports humanitaires.

En outre, la transformation de l’Akkar en « espace humanitaire » a rappelé aux Libanais et à la soi-disant communauté internationale : (i) à quel point les besoins régionaux sont innombrables ; (ii) que les besoins locaux ne peuvent pas être uniquement associés à ce que l’on présente comme la crise des réfugiés ; (iii) que les demandes sociales peuvent en réalité être formulées à la communauté internationale, peu active dans cette région avant la crise syrienne. De ce fait, la crise des réfugiés syriens dans le nord du Liban a indirectement préparé le terrain pour que les populations de l’Akkar prennent mieux conscience de leurs propres droits, ce qui va beaucoup plus loin que l’aide de compensation aux communautés locales qui, elle, dure aussi longtemps que ces populations subissent le poids de l’arrivée massive et prolongée de réfugiés.

Si les organisations humanitaires cherchent à abriter des bénéficiaires spécifiques et choisissent les familles d’accueil selon des conditions qui, en soi, sont aussi peu durables qu’une crise des réfugiés de longue durée, la solidarité locale se retrouve à la merci de la manière dont la distribution de l’aide et les programmes humanitaires sont mis en place par un assemblage hétérogène de prestataires dans l’Akkar.

Comme le dit ce dicton populaire : « Un invité est comme un poisson : les deux commencent à sentir après trois jours ». Mais les médias internationaux et les rapports des ONG oublient trop souvent que les réfugiés ne sont pas les seuls poissons de l’aquarium : les organisations humanitaires sont également des invitées qui sont les bienvenues tant qu’elles prévoient d’améliorer le bien-être local par-delà les crises récurrentes de réfugiés.

 

Estella Carpi est l’auteur d’une thèse de doctorat à l’Université de Sydney (Adhocratic Humanitarianisms and Ageing Emergencies in Lebanon. From the July War in Beirut’s Southern Suburbs to the Syrian Refugee Influx in the Akkar Villages, 2015).