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Urgence et Education : la nécessité de l’école en période de crise
Elise Joisel

 

 Ce que l’urgence apporte à l’école

Malgré le coté tragique du déracinement des populations, le déplacement massif dans un même lieu a rapproché au Tchad des gens de centaines de villages isolés et proches de la frontière soudanaise dans une zone plus sûre. Cela facilite largement la logistique des projets, tant en termes de création d’écoles, que de formation des maîtres et des parents. Ce genre de projet est quasiment impossible à mettre en place dans des centaines de villages, dans des zones fortement insécurisées. L’exemple de la formation continue des maîtres est probant. Il est beaucoup plus aisé de les former lorsqu’ils sont regroupés et chacun proche de son lieu de vie que de former des maîtres vivants dans des communautés très éloignées.

On s’est aperçu au Tchad que la concentration des populations sur des sites entraine un taux de scolarisation très élevé. Sur un site de déplacés, les enfants vont à l’école, donc les enfants vont à l’école ! Les mamans les y envoient puisque leurs voisines font de même. Il s’agit d’un effet social important. Ce phénomène est bien sûr largement amplifié par le développement de la cantine scolaire, puisque la raison majeure de l’absentéisme scolaire est que les enfants doivent souvent travailler pour pouvoir se nourrir.

Dans un système éducatif si précaire que celui de l’est tchadien, dans un contexte où les personnes sont déplacées depuis presque quatre ans et que depuis leur arrivée les écoles fonctionnent, l’habitude pour les enfants d’aller à l’école quotidiennement et durablement se créée. L’école devient un élément essentiel de la vie de la communauté. Pour preuve, les chefs des déplacés parlent tous de retour dans leur village d’origine si on leur assure la sécurité, la santé, l’eau et l’éducation, alors que pour la plupart, ils n’avaient pas d’école dans leur village avant la crise.

De plus, le site de déplacés attire la communauté humanitaire. Ainsi un programme éducatif peut souvent trouver des partenaires pour la cantine scolaire, l’eau et l’assainissement dans l’école, la sensibilisation sur la protection de l’enfance. Cependant, le fait qu’un grand nombre d’ONG travaille dans la même zone peut aussi déstabiliser le système éducatif local. Au Tchad, presque tous les maîtres francophones préfèrent travailler pour une ONG qu’être maître communautaire puisque le salaire est de 3 à 4 fois plus élevé.

Parallèlement à cela, l’approche participative et volontaire du travail pour les écoles, essentielle dans les projets éducatifs, est très souvent mal comprise dans un contexte d’assistance humanitaire. Les personnes déplacées ont affaire à beaucoup d’ONG qui proposent des programmes de cash for work, ou de food for work, voire de l’assistance purement gratuite. Dans ce contexte, où l’État est très peu présent, la sensibilisation doit être permanente auprès des communautés, qui ne comprennent pas toujours la différence entre un « centre de santé ONG », une « pompe ONG », une nourriture distribuée gratuitement et une école qui leur appartient, dont ils sont responsables. La sensibilisation et la formation permettent de faire changer les mentalités dans ce sens. Lorsque les classes sont construites et entretenues par les parents d’élèves bénévolement, ils se sentent responsables de celles-ci, l’école devient un lieu communautaire.