Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°18 | Construire des partenariats durables entre organismes de formation : allons-nous de l’avant (...)

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Construire des partenariats durables entre organismes de formation : allons-nous de l’avant ?
Anna Lear

En amont du Sommet humanitaire mondial (Istanbul, 23-24 mai 2016), le « Training Providers Forum » [1] - en français Forum des organismes de formation - a organisé un atelier rassemblant trente personnes impliquées dans la formation et le renforcement des capacités [2] au sein du secteur humanitaire et du développement international. Dans le cadre de la « Grande négociation » (Grand Bargain) [3], la « localisation » a émergé comme des sujets clés à Istanbul et l’objectif de notre rencontre était d’analyser si les prestataires de formation basés dans l’hémisphère nord ont un rôle à jouer dans l’appui aux formations et aux services d’apprentissage des pays du sud et d’étudier les défis et risques associés.

Bien évidemment, le renforcement des capacités et le soutien aux ONG nationales font partie du discours du développement depuis de nombreuses années. Mais aujourd’hui, nous observons que des organismes de formation basés dans l’hémisphère nord s’engagent dans un changement de stratégie. Tout en organisant et en animant des formations, un certain nombre de prestataires de formation du Nord commencent en effet à soutenir - ou collaborer avec – leurs homologues basés dans des régions où la réponse humanitaire est mise en œuvre, ou dans des pays voisins. C’est cette tendance parallèle qui nous intéresse, à la fois pour comprendre quelle peut être notre valeur ajoutée en tant qu’acteurs du Nord, et comment nous pouvons collectivement améliorer la manière dont nous travaillons ensemble.

Lorsque l’on examine certains défis nés de ce changement de stratégie, on constate le risque évident que des formations dispensées par des organisations étrangères viennent à inonder le marché, affaiblissant ainsi de manière involontaire les initiatives locales. Il s’agit avant tout d’une question d’impact à court ou long terme. A court terme, une formation extérieure peut répondre à un besoin spécifique de formation et aura, dans le meilleur des cas, un impact positif tout en aidant à renforcer les capacités nationales au niveau de la réponse en tant que tel. Néanmoins, à plus long terme, cette approche peut réduire les financements destinés aux organismes de formation nationaux émergents et avoir un impact négatif sur l’ensemble du secteur de l’apprentissage.

On constate également un problème inhérent de dynamiques de pouvoir dans ce type de collaboration internationale où une partie a accès à des financements alors que l’autre en a besoin. Dans les programmes de renforcement des capacités où un organisme de formation est financé pour venir en appui à un autre, les deux organisations ont une redevabilité double envers le bailleur et les bénéficiaires des activités d’apprentissage. Pourtant, la notion de ce qui constitue une formation de qualité variera en fonction d’un certain nombre de facteurs, y compris notre culture et notre propre expérience individuelle en matière d’apprentissage. Bien évidemment, si nous ne reconnaissons pas le risque d’imposer notre « expertise », nos modèles et nos idées sur ce qui fait une bonne formation, alors nous courons le risque d’éclipser les approches et les dynamiques nationales propres au contexte.

Pour les deux parties, un autre défi lié à ce type de collaboration réside dans la clarification des attentes et la manière de travailler ensemble au début, ceci dans le but de construire la confiance et d’éviter les incompréhensions. Malgré les engagements sur le papier en faveur d’une appropriation locale, notre expérience montre que les organisations chargées de gérer les financements du renforcement des capacités ont souvent du mal dans la pratique à « lâcher prise » et donner accès aux contenus des formations ainsi qu’à confier la responsabilité de la gestion de la formation.


[1] Le « Training Providers Forum » est un groupe informel constitué d’organismes de formation partageant la même vision du secteur et appréciant de travailler ensemble. Ce Forum vise à : 1) améliorer l’accès aux formations – et leur qualité – dans le secteur du développement international et de l’action humanitaire, grâce à une meilleure collaboration entre organismes de formation ; 2) mettre en commun les apprentissages et partager les bonnes pratiques ; et 3) plaider pour l’importance de la formation dans le secteur. Ce Forum comprend actuellement les organisations suivantes : Bond, CHS Alliance, Cornerstone OnDemand Foundation, Groupe URD, IECAH, INASP, Institut Bioforce, INTRAC, Mango et RedR UK.

[2] Un débat est en cours en ce qui concerne les termes « capacity development » (développement des compétences) et « capacity building » (renforcement des compétences). Certains acteurs s’inquiètent de ce que ces termes se focalisent trop sur le rôle des « experts » qui apportent les compétences et ne reconnaissent pas assez les compétences qui existent déjà au sein des individus, des organisations et des sociétés en question. Dans le but de corriger ce déséquilibre, le terme « capacity strengthening » devient de plus en plus populaire. Par ailleurs, un autre terme – « capacity sharing » – se concentre quant à lui davantage sur l’importance de reconnaître et d’alimenter un apprentissage dans les deux sens.

[3] La « Grande négociation » (Grand Bargain) est un ensemble de réformes lancé à l’occasion du Sommet humanitaire mondial d’Istanbul.