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La revue du Groupe URD

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Humanitaires en mouvement n°15, N° spécial " Qualité de l’aide "

La certification : une simplification de l’appréhension de la qualité de l’aide humanitaire ?
Hélène Juillard

Le système humanitaire est polymorphe, multi-acteurs et en constante évolution. Du fait de sa très grande diversité, les concepts génériques comme celui de la qualité résonnent différemment d’un acteur de l’aide à l’autre. Les enjeux liés à cette définition seront également différents selon les acteurs : s’agit-il d’améliorer l’impact, l’efficacité, l’efficience… ? Dans ce cadre complexe, la tentation est grande d’appréhender le concept de qualité uniquement de façon normative. La norme est écrite, formalisée, supposément connue de tous et parfois même opposable. Les réflexions actuelles autour de la certification s’inscrivent dans cette tendance à la simplification et à la standardisation de l’appréhension de la qualité de l’aide.

Les dernières Universités d’Automne de l’Humanitaire (UAH) ont réuni une quinzaine de participants autour du thème ambitieux de la qualité des interventions humanitaires. Les deux jours de débats et de discussions n’ont pas permis de dégager de consensus fort entre les participants sur la définition même de ce que représentait une intervention humanitaire de qualité ni sur les évolutions souhaitables du secteur pour garantir des réponses humanitaires de meilleure qualité.

Deux thèmes principaux ont particulièrement clivé les participants : la Norme humanitaire fondamentale (CHS) et le processus de certification des ONG. Si le CHS – qui n’est pas abordé ici en détail – a été lancé à Copenhague en décembre dernier [1], le processus de certification est quant à lui toujours en cours d’étude.

S’agissant de la certification, le Steering Comittee for Humanitarian Response (SCHR) [2] a présenté lors des UAH les résultats finaux du projet de deux ans de revue des mécanismes de certification initié en octobre 2012. Il en est ressorti que le lien entre certification et amélioration de la qualité des interventions humanitaires n’est pas prouvé [3] et donc que personne ne peut affirmer avec certitude que la certification des ONG aurait un quelconque impact (positif ou négatif d’ailleurs) sur la qualité des réponses humanitaires.

Le lien potentiel entre certification et qualité est extrapolé de recherches menées dans d’autres secteurs, notamment le secteur privé commercial. Une telle extrapolation paraît difficile à endosser car elle ne tient pas compte d’une des caractéristiques clés de l’intervention humanitaire : contrairement au secteur privé où le récipiendaire du bien et/ou du service proposé est également celui qui paie pour ce bien et/ou ce service, le secteur humanitaire est caractérisé par une relation tripartite entre bailleur de fond, organisation délivrant le service humanitaire et récipiendaire de l’aide. Le groupe recevant le service humanitaire n’étant pas celui qui paie pour ce service, le levier financier ne peut donc être utilisé par les récipiendaires de l’aide humanitaire. C’est donc à partir de cette spécificité que s’est développée la notion de redevabilité envers les populations bénéficiaires de l’aide, laquelle constitue l’un des axes clés pour une aide pertinente, de qualité et en ligne avec les principes humanitaires.

Or, le processus de certification est un mécanisme de contrôle et de garantie qui se joue principalement entre l’organisation humanitaire et le bailleur de fond. Il est en effet difficile d’imaginer un récipiendaire de l’aide refusant une intervention sous prétexte que l’organisation de mise en œuvre n’est pas certifiée ou un droit à la certification opposable par les récipiendaires de l’aide.

Les ressources disponibles pour la mise en place des interventions humanitaires sont en outre limitées, obligeant les acteurs de l’aide à de difficiles priorisations et à un processus de ciblage à la fois géographique et individuel. Les ressources consacrées au renforcement des capacités organisationnelles et à la formation des acteurs humanitaires sont encore plus limitées, ce qui se justifie facilement par la volonté de voir une majorité de ressources dédiées aux interventions humanitaires en elles-mêmes. Si l’on reprend le parallèle fait avec les mécanismes de certification existant dans le secteur privé, les organismes certificateurs se doivent d’être indépendants du secteur humanitaire pour des raisons évidentes de conflit d’intérêt. Le modèle proposé de certification des ONG semble donc suggérer de dédier des financements humanitaires à la formation d’organisations non humanitaires dans un contexte où les ressources dédiées aux populations victimes de catastrophes sont limitées.

En outre, le projet de certification proposait un levier de sélection supplémentaire à disposition des bailleurs de fonds. Les principaux bailleurs semblent cependant vouloir conserver leurs propres mécanismes de sélection, d’accréditation, de suivi et d’évaluation des ONG. Une mise en place de la certification, même partielle, viendrait donc s’ajouter aux contraintes administratives existantes, sans en alléger aucune.

Enfin, le mécanisme de certification proposé ne s’adresse qu’aux ONG et ne concernerait ni les agences des Nations unies, ni les agences de coopération. Il n’aurait de plus aucun impact sur les organisations se revendiquant comme faisant partie du secteur humanitaire sans en respecter les principes fondamentaux de neutralité et d’impartialité, et disposant de fonds privés pour mettre en place des interventions souvent contestées et contestables. Cela limite encore un peu plus la portée potentielle de cette certification.


[1] Les vidéos de cet atelier de lancement sont disponibles à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/channel/UCUwcytcsWlrPM3eoITFN8rw

[2] Crée en 1972, le SCHR est actuellement composé de neuf membres (ACT Alliance, CARE, CARITAS, ICRC, the World Lutherian Foundation, IFRC, Save the Children, Oxfam et World Vision) réunis autour d’un objectif d’amélioration de la redevabilité et de l’impact des interventions humanitaires. Pour plus d’informations : http://schr.info

[3] Le rapport entier est consultable à l’adresse suivante : http://schr.info/assets/uploads/docs/Summary_of_FINAL_Findings_and_Recommendations.pdf