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La revue du Groupe URD

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La coordination humanitaire comme espace d’exclusion et d’affaiblissement des capacités locales ?
Andréanne Martel

Faiblesse des capacités institutionnelles, pertes humaines suite au séisme, élection présidentielle, crise du choléra, partisanerie des acteurs haïtiens, etc. les raisons pour justifier l’exclusion des acteurs locaux de la réponse humanitaire en Haïti ont été multiples. L’idée n’est pas de nier l’importance de ces facteurs, mais en les invoquant, on risque de voiler d’autres éléments essentiels pouvant expliquer la marginalisation des Haïtiens de l’urgence et la difficulté de faire une transition vers la reconstruction.

 Des clusters aux tables sectorielles : une transition houleuse

L’un des espaces privilégiés pour évaluer les enjeux de la participation et de l’implication des acteurs haïtiens dans cette réponse humanitaire caractérisée par une marée d’acteurs internationaux est celui de la coordination. S’il est un sujet d’actualité en Haïti, deux ans après le séisme dévastateur de janvier 2010, il s’agit de celui de la transition des espaces de coordination des Nations Unies, soit du mécanisme des clusters, vers les autorités haïtiennes. Cela fait maintenant plus d’un an que les instances onusiennes, OCHA en fil de tête, tentent d’élaborer des stratégies de sorties des clusters afin de transiter vers les tables sectorielles – instances de coordination nationale regroupant les acteurs institutionnels et communautaires ainsi que les bailleurs d’un secteur. À l’évidence, la transition est houleuse.

Dans ce texte, nous tenterons de présenter quelques éléments de réponse à ce questionnement brulant. Il s’agira d’une part de faire la démonstration que les espaces de coordination humanitaire ont le potentiel d’accentuer le fossé entre la communauté humanitaire internationale et locale (Stoddard, Harmer et coll., 2007). D’autre part, ce sera l’occasion de démontrer qu’une exclusion de la coordination dans l’urgence a des effets durables sur la capacité à sortir d’une logique d’urgence pour entamer la reconstruction. Les espaces de coordination seront considérés comme des espaces politiques et décisionnels dans le sens où ils permettent aux acteurs y accédant d’harmoniser leurs pratiques, de développer des normes communes et de créer des partenariats. Ils renforcent en ce sens une communauté d’experts internationaux de l’humanitaire au détriment des acteurs locaux, souvent dépossédés de « leur urgence ». En s’appuyant sur l’exemple du séisme en Haïti de 2010 et de l’afflux massif de centaines d’organisations, Christine Knudsen de l’UNICEF souligne qu’une absence de partenariat dès les débuts d’une crise peut exclure du mécanisme de coordination des partenaires essentiels et que cette exclusion risque d’affaiblir la réponse en nous privant d’informations, de connaissances et de ressources (Knudsen, 2011, p.7).

L’enjeu de la coordination en Haïti, et plus particulièrement du mécanisme des clusters, est trop souvent abordé sous l’angle unique de l’efficacité : rapidité des prises de décisions, échanges d’informations, cartographies des besoins, capacités des acteurs présents… Il serait pertinent de plutôt se questionner sur la qualité et l’origine de l’information échangée, sur les acteurs qui prennent part à la coordination et sur les stratégies de transition pour redonner à l’État bénéficiaire le contrôle sur une de ses prérogatives essentielle : celui de coordonner l’afflux d’aide et d’acteurs sur son territoire.