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Humanitaires en mouvement n°10, N° spécial " Sahel "

La résilience : concept porteur ou mot à la mode ?
François Grünewald - Jeroen Warner

Le terme « Résilience », aujourd’hui à la mode, constitue un antidote positif à la connotation négative de « vulnérabilité ». Il prend sa source dans le potentiel et les capacités propres à chaque population. Cependant, la résilience reste un concept controversé, dont chacun semble avoir une définition différente, et qui, à défaut d’éclairer, risque de générer encore plus de confusion. Par ailleurs, si renforcer la capacité des populations à résister aux chocs reste l’objectif commun d’acteurs travaillant dans différents secteurs d’intervention, permet-il de mieux travailler ensemble ou se coordonner ? Au lieu de considérer que le changement climatique, les catastrophes naturelles et la pauvreté sont des problèmes indépendants, l’articulation et l’intégration de ces trois domaines peut, en théorie, contribuer à relever les défis liés au risque et au changement, ayant un impact direct sur la vie et le travail des populations locales. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’intégration ? Quelles en sont les opportunités et les risques ? Serait-elle un moyen de renforcer cette résilience ? Quelle résonance ont ces concepts au niveau local, dès lors que chaque population semble appréhender de manière spécifique ce qui se cache derrière chacune de nos étiquettes ?

Ces dernières années, le monde a été le théâtre de plus en plus de catastrophes, conséquence directe de toutes sortes d’ « évènements climatiques extrêmes », que ce soit de violents ouragans, des inondations à grande échelle, ou des sécheresses dévastatrices à répétition. Le changement climatique pourrait bien faire augmenter la magnitude de ces catastrophes, les rendre plus fréquentes, et aggraver leurs conséquences. Dans beaucoup de régions, plus la population est pauvre, plus elle est touchée par ces évènements : taudis peuplant la « ceinture des typhons » en Asie, populations pastorales destituées, passagers en transit, etc. De la même manière, ces destructions à grande échelle ont été causées par des phénomènes tectoniques affectant des zones urbaines densément peuplées (planifiées ou non), et où l’établissement de normes et de codes de construction a été le dernier des soucis des autorités nationales et locales. Mais en marge de ces catastrophes, une grande variété d’incidents pose des défis considérables qui perturbent la vie quotidienne, en particulier celle de ceux qui possèdent peu de ressources et d’alternatives sur lesquelles compter.

Dans un tel contexte, regrouper la prévention des catastrophes naturelles (Disaster Risk Reduction - DRR), les stratégies d’adaptation au changement climatique (Climate Change Adaptation - CCA) et la réduction de la pauvreté (Poverty Reduction - PR) sous un même chapeau semble être un choix opportun, puisque cette initiative s’oppose à une pratique fragmentée, basée sur des missions ponctuelles. Au lieu de considérer que le changement climatique, les catastrophes naturelles et la pauvreté sont des problèmes indépendants, la prise en compte de ces trois domaines peut en théorie contribuer à relever les défis liés au risque et au changement, ayant un impact direct sur la vie et le travail des populations locales.

Cependant, l’intégration est un concept à la mode dont les exemples de mise en œuvre émergent tout juste avec, entre autre, le Climate-Smart Disaster Risk Management (community.eldis.org/scr), ou l’incorporation de l’adaptation, de la mitigation et du développement durable (Southampton). L’IRC (International Water & Sanitation Center) a récemment intitulé l’un de ses rapports « S’adapter [...] au changement climatique et autres sources de risques ».

Ces approches ne rencontrent pas toutes le même succès. Par exemple, la récente tentative de l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) pour intégrer le changement climatique et les catastrophes naturelles dans leur rapport de 2010, bien que recommandable, demeure figée à un niveau systémique, très largement analysé sous l’hypothèse de la rationalité économique. Pourtant, il se passe bien quelque chose : la littérature traitant de l’intégration est de plus en plus abondante, et est vouée à avoir un impact sur la façon dont l’aide est programmée et les organisations sont conçues. Est-ce une bonne idée ? Jusqu’où avons-nous besoin de la faire progresser ?