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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

La résilience : un mot à la mode et utile
Synthèse des débats

Mots-clés: Point de vue / Résilience /

Le texte qui suit synthétise les débats d’environ 6 heures d’ateliers et de restitution. Il exprime les points de vue des participants, qui ont choisi les thèmes de discussion via la méthode d’animation de l’open-space.

 Concept et définitions

Au vu des multiples débats et questionnements entourant le concept de résilience, et de son utilité pour les programmes de développement et d’aide humanitaire, il est tout d’abord important de clarifier son origine et sa signification.

Dans le cadre de l’action humanitaire, ce concept a émergé en 2005 lors de la conférence de Kobé (et le Cadre d’action de Hyogo), puis s’est affirmé en 2010 avec l’évaluation de l’aide britannique (cf le rapport DFID HRR ), pour devenir aujourd’hui omniprésent.

En revanche, dans les domaines de la psychologie et de l’écologie, la résilience est une notion beaucoup plus ancienne. En psychologie, ce concept entretient des liens particulièrement étroits avec la notion de traumatisme puisqu’ils renvoient à une même question : face à une même expérience, pourquoi certaines personnes sont-elles traumatisées et d’autres non ? Probablement parce que les expériences se jouent à l’intérieur des personnes qui traversent une épreuve, et non dans l’événement lui-même.

Deux facteurs contribuant à la résilience peuvent ainsi être distingués :

  • La pré-condition (le système immunitaire, le niveau de paix, la capacité, les systèmes de support existants avant l’événement).
  • Les stratégies d’adaptation, la façon dont les individus ou les familles gèrent les expériences traumatisantes (certaines stratégies étant efficaces, d’autres autodestructrices).

Pourquoi ce concept est-il soudainement devenu si important pour l’action humanitaire ? Est-ce en raison de sa propension à renforcer la capacité des individus et des foyers à résister aux chocs, les capacités institutionnelles à anticiper et se préparer à la gestion de crise, à promouvoir l’autogestion de la communauté ou encore à combiner les systèmes multidimensionnels de connaissance et diffuser une culture d’apprentissage ? Est-ce en raison de son aptitude à faire le lien entre les différents sous-ensembles du système de l’aide internationale d’une manière cohérente ? Est-ce parce qu’elle peut représenter une nouvelle source de financement pour les programmes d’aide ?

De nombreux débats sémantiques entourent la définition de la résilience, et les universitaires risquent de débattre encore longtemps à ce sujet. Pourtant, sur le plan pratique, certains éléments sont relativement bien définis, comme la capacité à anticiper, se préparer, gérer, se relever après les catastrophes naturelles, et rebondir, voire « aller de l’avant ».

Des outils méthodologiques ont également été développés et permettent de s’accorder sur une traduction opérationnelle du concept . Il est en effet important d’analyser la vulnérabilité et les types de risques face auxquels les populations sont résilientes, avec une approche contextuelle.

Analyser des situations données à travers le spectre de la résilience transforme la perception des contextes : cela permet d’opérer un changement paradigmatique important, voire vital, en considérant les populations non pas comme des personnes vulnérables en attente d’aide mais comme un groupe d’individus, de foyers et communautés doté de stratégies de survie. Or, aujourd’hui, le système d’aide se concentre encore souvent sur les vulnérabilités et les besoins des communautés, et développe des mécanismes extrêmement sophistiqués (et coûteux) pour les enregistrer et les analyser. Très peu d’efforts ont été faits pour analyser les capacités et la manière dont les individus peuvent être soutenus avant et pendant les crises. Le concept de résilience nous oblige désormais à nous concentrer davantage sur ces capacités et sur l’environnement qui peut la favoriser. Cela permet de transformer la notion négativement connotée de vulnérabilité en des approches plus positives et plus dignes. Dans l’idéal, la résilience pourrait aussi contribuer à rendre le système humanitaire obsolète : si des évènements dramatiques avaient lieu, les populations et les institutions locales seraient capables de gérer les chocs elles-mêmes.