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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

Les enjeux de la résilience pour une organisation multi-mandatée
Intervention de Robert Glasser

Quel est le lien entre la réduction de la pauvreté, la réduction des risques de catastrophes naturelles et le changement climatique ? Au fil des années, les agences de développement ont évolué dans leur mode de fonctionnement et de pensée en « silos ». Au lieu de fonctionner en termes d’infrastructures et de domaines d’intervention (VIH/SIDA, éducation, etc.), une approche holistique a été privilégiée, se focalisant sur les besoins des communautés et les différentes opportunités, afin d’augmenter les impacts au niveau local, national ou même régional. Envisager l’action sous l’angle de la résilience permettrait-il à des organisations multi-mandatées, comme CARE International, d’améliorer la qualité de l’aide ?

La résilience est-elle un mot à la mode ou un concept porteur ? Quelles en sont les implications opérationnelles ? L’intégration de la résilience à notre manière de voir les choses reste un défi majeur : il existe des communautés pauvres et marginalisées, que nous aidons à devenir moins pauvres et marginalisées. Les organismes d’aide, tout comme les gouvernements, ne disposent que d’une somme d’argent limitée à allouer aux défis du développement. Dès lors, comment répartir cet argent ? Il y a plusieurs façons de considérer les priorités : la réduction des risques de catastrophes naturelles devrait être la priorité, puisqu’après tout, il est plus efficace de se concentrer sur la réduction des risques plutôt que de répondre aux situations d’urgence. L’adaptation au changement climatique constitue également une priorité puisque nous nous dirigeons de toute évidence vers un dangereux et imminent changement climatique. Si nous n’aidons pas les communautés les plus pauvres à s’adapter à ce changement, nous prenons le risque de détruire tout le travail que nous avons essayé d’effectuer. Bien évidemment, la réponse humanitaire est elle aussi une priorité, car les populations ont besoin d’un soutien urgent pour se remettre des catastrophes naturelles. Pour finir, la réduction de la pauvreté à long terme en est également une, puisqu’elle augmente la vulnérabilité des populations face aux catastrophes naturelles, y compris celles exacerbées par le changement climatique.

Mais comment intégrer ces concepts ? L’exemple de l’environnement est révélateur. Mis en avant par les organismes d’aide comme un concept à part lors de son émergence, il fut finalement intégré de manière transversale dans les programmes d’aide. Il faudrait ainsi commencer par vérifier en quoi un accent porté sur la résilience peut aider à analyser la pauvreté et la vulnérabilité dans des contextes particuliers ? La mise en avant de la résilience représente-t-elle une valeur ajoutée aux analyses de plus en plus globales que les organisations entreprennent actuellement (qui mettent déjà l’accent sur la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, le changement climatique et sur les priorités à court et long terme) ? L’élaboration d’une nouvelle méthodologie est-elle nécessaire ? Disposons-nous des outils pour contribuer à l’amélioration de la qualité de cette analyse ? À moins de parvenir à apporter une réponse à toutes ces questions, la résilience demeure un concept vague.

Il ne faut pas non plus perdre de vue les différents acteurs et contextes nationaux. Sont à prendre en compte les organismes humanitaires, les investissements directs étrangers provenant du secteur privé, et les acteurs et contextes nationaux, qui vont des pays aux sociétés civiles prospères, et aux États faillis en situation de conflit. Il existe aussi des pays, comme par exemple le Bangladesh, où l’on observe régulièrement des catastrophes naturelles, et qui sont par conséquent plus enclins à discuter (et à financer) de la réduction des risques de catastrophes naturelles, et d’autres qui ne sont presque jamais victimes de crises humanitaires et qui sont par conséquent beaucoup moins réceptifs.

Malgré l’ambiguïté analytique entourant le concept de résilience, deux opportunités majeures peuvent être dégagées. Tout d’abord, la résilience donne l’opportunité à des organisations comme CARE, aux gouvernements et à d’autres acteurs de porter un regard critique sur l’organisation de leur travail dans les domaines de l’aide humanitaire, de la réduction des catastrophes naturelles, du changement climatique et de la lutte à long terme contre la pauvreté. Il est clair que les silos persistent au sein des organisations travaillant dans ces domaines, et les opportunités pour améliorer l’efficacité et se concentrer sur la résilience facilitent cette discussion. De même, les bailleurs sont clairement intéressés par le concept de résilience, ce qui signifie des financements potentiels à considérer ; malgré les contraintes financières exercées sur les budgets nationaux qui peuvent limiter l’octroi de nouveaux financements, certaines parties d’anciens budgets humanitaires pourraient être ré-alloués à la résilience.

Le défi majeur reste cependant de clarifier comment l’accent porté sur la résilience peut améliorer les bonnes pratiques actuelles, en analysant où et quand investir des ressources limitées pour relever les défis auxquels sont confrontées les communautés les plus pauvres.

Texte issu de l’intervention de Robert Glasser
Secrétaire Général, CARE International