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Humanitaires en mouvement n°8, N° spécial " Villes et crises "

Où en est la coopération décentralisée française en matière de gestion territoriale de crise ?
Pierre Baillet

Le rapport 2009 de la Banque mondiale sur le développement considère, non sans raison, que la poursuite de l’objectif de croissance économique passe par l’augmentation de la densité humaine et économique. L’urbanisation serait donc un ressort général de développement.
En revanche, cette concentration porte en elle d’autres facteurs, notamment ceux qui favorisent le développement de crises politiques ou sociales. Ces concentrations humaines s’établissent trop souvent sur des espaces impropres au développement humain ou à risque, le coût du foncier poussant la ville à s’étendre, par exemple dans des zones inondables.
Face à cette situation, l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) s’est donnée comme mission de sensibiliser les responsables des collectivités locales à une gestion des territoires qui anticipe les situations de crises : appui à la création d’outils de gouvernance partagée, nouveaux services à mutualiser au niveau intercommunal, développement d’une nouvelle forme de coopération décentralisée de proximité avec la population.

 Les collectivités comme circuit court de coopération

Les sorties de crises sont des enjeux majeurs discutés entre États, bailleurs, entreprises, ONG et professionnels. Or, les collectivités locales, expression des circuits courts entre populations et financeurs, mieux placées pour engager des politiques de prévention et de reconstruction efficaces, sont encore trop absentes des processus d’aide à la sortie de crises dans les villes affectées par des aléas, mais ont à jouer un rôle de plus en plus important.
Quelques faits doivent d’abord être rappelés.

La ville, facteur de dynamiques et de richesses

La ville, avec les concentrations qu’elle suscite, est historiquement un facteur de réussites, de développement et de richesses. Son environnement attire, la proximité de la diversité stimule les uns, rassure les communautés. Ses réseaux facilitent la circulation des hommes, des idées et des énergies. En un même lieu, sont concentrés une quantité de facteurs favorables, positifs, comme nul part ailleurs, et ce dans tous les pays. Cette formidable dynamique demande à reconsidérer la part omniprésente des administrations étatiques gouvernementales en l’absence d’autres acteurs légitimes comme les collectivités territoriales.

La ville, facteur d’équilibre fragile

Néanmoins, la ville est aussi un système d’équilibre complexe et fragile, toujours potentiellement en crise. Selon l’intensité de la crise, cet état de déséquilibre ou d’équilibre instable sera facteur d’aggravation des risques naturels ou politiques. La complexité à laquelle les autorités locales font déjà face quotidiennement les rend aptes à affronter les crises au côté d’autres acteurs, comme les pouvoirs publics gouvernementaux et les structures internationales. Mais comment les collectivités territoriales peuvent agir plus efficacement ? Avec quels moyens ?

Concentration sociale, physique et politique, la ville est confrontée à de nombreux facteurs de risques

Un des facteurs de crise est la conjugaison de la misère et de la concentration humaine sur des zones à risques. Les villes attirent la pauvreté ; les populations pauvres s’y installent très souvent dans des zones où personne ne souhaiterait s’installer. Les collectivités locales, disposant de peu de moyens, sont démunies face à ces situations.

Des villes se développent et s’accroissent ainsi de façon rapide dans des zones fragiles et dangereuses. Nouakchott par exemple est une ville récente. Lors de l’indépendance, elle ne comptait que quelques milliers d’habitants. Aujourd’hui, on en compte 1 million. Cette ville nouvelle est située en dessous du niveau de la mer, comme Cotonou, Lomé et bien d’autres villes du Golfe de Guinée. Goma est installée sur un volcan. Port-au-Prince, sur une ligne de faille. Niamey s’est développée sur la partie inondable du lit du fleuve Niger, là où personne ne voulait construire. Que dire des villes du Sahel, en banco, matériau qui ne résiste pas aux pluies diluviennes, comme Ouagadougou en a été victime il y a deux ans. Ho Chi Minh Ville et Alexandrie, villes de deltas, sont elles aussi exposées aux risques d’inondations, comme la Nouvelle Orléans.

En outre, on note que, contrairement à ce qu’il se passe dans les zones rurales où la tradition et la mémoire collective permettent d’éviter les pièges naturels, la gestion des risques est plus complexe dans les zones urbaines.