Accueil | Publications | Humanitaires en mouvement | Humanitaires en mouvement n°8 | Post-séisme en Haïti : le processus d’accompagnement de la reconstruction urbaine

La revue du Groupe URD

Outils et méthodes

CHS Norme humanitaire fondamentale (CHS)
Pictogrammme Sigmah Logiciel Sigmah
Pictogrammme Reaching Resilience

Reaching Resilience
Pictogrammme brochure Formation Environnement
Pictogrammme brochure Manuel participation
Pictogrammme COMPAS Méthode COMPAS
Pictogrammme globe terrestre "Mission Qualité"
Pictogrammme PRECIS Humatem Méthode PRECIS

Humanitaires en mouvement n°8, N° spécial " Villes et crises "

Post-séisme en Haïti : le processus d’accompagnement de la reconstruction urbaine
Jean-Yves Barcelo

Urbanisation chaotique dans un contexte de faibles capacités publiques de planification et de gestion urbaine, constructions populaires en béton érigées sur des terrains à risques avec des matériaux de construction impropres et de graves malfaçons, tout était réuni pour l’impact terrible du tremblement de terre survenu le 12 janvier 2010. Aider à reconstruire les villes haïtiennes nécessite de corriger durablement des dysfonctionnements et inégalités urbaines antérieures. Construire des villes nouvelles serait d’un coût inabordable et il n’y a donc pas d’autre alternative que d’aider les communautés et les ménages, qui sont et seront les acteurs et financeurs principaux de la reconstruction, à restructurer les quartiers et à reconstruire des logements plus sûrs. Ce principe doit être au centre d’une démarche de planification stratégique et participative, coordonnée au niveau des quartiers, des communes et de la région métropolitaine de Port-au-Prince, afin de guider la reconstruction, de prioriser les projets et d’engager les réformes institutionnelles nécessaires. Un effort important de la communauté internationale est indispensable pour appuyer l’État et les Communes à conduire une telle démarche.

 Quelques éléments du contexte

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a eu un effet particulièrement dévastateur sur les quartiers d’habitat populaires, du fait de leur grande vulnérabilité. En effet, ces quartiers très denses sont édifiés informellement sur des terrains insuffisamment aménagés, compte tenu notamment des difficultés et coûts importants pour rendre constructibles les fortes pentes ou les sites inondables sur lesquels ils sont implantés, souvent à proximité des zones d’emploi. Une forte croissance urbaine durant plusieurs décennies, une très faible capacité des pouvoirs publics à planifier ce développement urbain et des normes d’urbanisme inspirées des modèles occidentaux, trop contraignantes et donc trop chères pour la majorité des nouveaux urbains, ont produit cette ville multimillionnaire, essentiellement informelle, avec des quartiers trop denses enclavés entre ravines et montagnes, où vivait 80% de la population de Port-au-Prince avant le séisme sur seulement 20% du territoire de la ville.

Le caractère informel des marchés fonciers et immobiliers des quartiers d’habitat, couplé aux modes de construction de l’habitat populaire, voire des classes moyennes, ont amplifié la vulnérabilité de cet habitat. Recours à des tâcherons très peu qualifiés, corruption conduisant à des matériaux de construction impropres et à de graves malfaçons, construction progressive en ajoutant un étage sur un autre sans fondations appropriées, encorbellement dangereux, généralisation des structures poteaux-poutres-dalles avec remplissage en parpaings pour se protéger des tempêtes tropicales, tous ces éléments expliquent l’ampleur des dégâts causés par le séisme, qui pourraient se reproduire à l’identique dans toutes les villes haïtiennes, telle Cap Haïtien, ville d’un demi million d’habitants, ou d’autres pays pauvres exposés aux risques sismiques.

Les faibles capacités de l’État central à encadrer le processus d’urbanisation et à coordonner les nombreux acteurs, y compris publics, conjuguées au faible niveau de décentralisation effective rendant pratiquement inopérantes les administrations municipales dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement urbain, ont laissé la place à une urbanisation chaotique portée par des initiatives individuelles dictées par des stratégies soit de survie, soit d’enrichissement rapide. Accaparement et envahissements de terrains, faible accès des populations aux services de base de mauvaise qualité, mobilité urbaine très difficile, engorgement du système de drainage par les ordures, concentration des services au centre de Port-au-Prince et de Pétionville, la banlieue chic qui accueille aussi de nombreux quartiers informels pour loger les employés de service, sont quelques unes des caractéristiques urbaines résultant de cette quasi absence de l’État dans la planification et la gestion urbaine avant le séisme. Dans ce contexte, les communautés pauvres ne pouvaient compter que sur le seul appui d’une multitude d’ONG dont le nombre s’est encore accru après le 12 janvier 2010, souvent peu compétentes à l’exception des grosses ONG internationales de développement et intervenant essentiellement dans la fourniture d’un ou plusieurs services de base et sans mandat ni capacité pour mener des approches intégrées de planification/réorganisation des quartiers.

Depuis le programme de restructuration urbaine de Cité Soleil financé par la Banque Interaméricaine de Développement en 2005, seules quelques initiatives limitées sur la restructuration de certains quartiers de Port-au-Prince étaient à l’étude à la Banque Mondiale et à l’Agence Française de Développement. Pour la période pré-séisme, on peut également citer la réussite de la politique d’accès à l’eau potable menée sur Port-au-Prince par une coalition d’acteurs publics, non gouvernementaux et communautaires. Les autres villes endommagées par le tremblement de terre sont beaucoup plus petites, la plus grande étant Jacmel avec environ 200.000 habitants. Elles présentaient les mêmes vulnérabilités que l’agglomération de Port-au-Prince mais avec des problèmes urbains de bien moindre ampleur.


En savoir plus