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La revue du Groupe URD

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Reconstruction post-tsunami en Aceh : des maisons multipliées plutôt qu’une planification raisonnée
Simon Deprez - Eléonore Labattut

Cette étude tente de dresser un bilan de l’action humanitaire en Aceh dans le secteur de la construction de maisons suite au tsunami de 2004. La présente analyse vise à rendre compte de ces projets, à étudier l’appropriation des maisons par les bénéficiaires, ainsi qu’à apprécier les conséquences de cette vaste campagne de construction sur la région d’Aceh.

 Introduction : regards d’architectes sur la qualité de la reconstruction

140 300 maisons ont été reconstruites à Aceh en quatre ans selon les chiffres de l’Agence de réhabilitation et de reconstruction d’Aceh et de Nias (BRR) [1] suite aux dégâts considérables causés par le tsunami. Voilà le défi qu’ont relevé quelques 127 ONG internationales qui se sont attelées à la reconstruction de ces maisons dans la province du nord de l’île de Sumatra en Indonésie, la région la plus lourdement touchée par le tsunami de 2004. En 2009, les derniers programmes de reconstruction se terminent, les ONG se retirent. Au delà d’un bilan, le caractère exceptionnel de l’évènement et l’ampleur de la reconstruction post-urgence interpellent sur la qualité et la pérennité de ces opérations générées par l’aide internationale. Il a semblé pertinent de revenir sur ces programmes, avec un regard d’architectes dans la mesure où la construction n’avait jamais pris autant de place dans les programmes humanitaires. Au-delà de la construction même, ce sont des questions d’habitabilité, d’appropriation, d’insertion locale, bref d’architecture qui sont objets de cet article synthétisant les résultats d’un travail d’enquête mené de mi 2008 à mi-2009.

L’évènement du tsunami et la mobilisation sans précédent des aides internationales a eu un retentissement mondial. Ce qui est moins connu, c’est que cette reconstruction s’est déroulée dans un contexte particulier. Aceh, après trente années de conflit opposant séparatistes du GAM [2] et gouvernement national, est entrée dans une fragile période de paix [3]. Les habitants restent encore aujourd’hui meurtris par ces années de couvre feux, de racket et de répression aveugle, pris en otage entre rebelles et armée nationale, perpétuellement soupçonnés de soutenir le camp adverse. Or, si les Achinais voient dans le tsunami le malheur qui leur a apporté la paix, les opportunités de développement qui l’ont suivi semblent aujourd’hui compromises par les nombreuses séquelles du conflit. Cela pose la question du niveau de responsabilité de l’aide internationale sur la prise en compte des réalités du contexte de son intervention.


[1] L’Agence de réhabilitation et de reconstruction d’Aceh et de Nias (BRR), est un organisme gouvernemental temporaire formé par le gouvernement de l’Indonésie le 16 avril 2005. Son mandat consistait à coordonner tous les efforts de réhabilitation et de reconstruction à la suite du tsunami à Aceh et à Nias. Au cours des quatre dernières années, le BRR a coordonné plus de 500 organismes, lesquels ont géré plus de 12 000 projets. Le BRR a cessé officiellement ses activités le 16 avril 2009.

[2] Mouvement indépendantiste Achinais qui a lutté pour l’indépendance de la région entre 1976 et 2005 contre le gouvernement national.

[3] L’accord de paix a été signé le 15 août 2005.