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Humanitaires en mouvement n°17, N° spécial " Sommet humanitaire mondial "

Renforcer les capacités nationales : de l’idéal à la réalité, de la rhétorique à la pratique
Dr. Edith Favoreu

Le thème de la (re)localisation de l’aide est aujourd’hui plus que jamais au centre des réflexions dans le secteur humanitaire. Or il semble que nous ne pouvons parler de (re)localisation de l’aide qu’en envisageant le renforcement des capacités nationales. Trop souvent, le concept de renforcement des capacités nationales renvoie aux acteurs « à renforcer ». Le présent article envisage la perspective des acteurs internationaux de l’aide et leurs nécessaires réflexions stratégiques.

 En guise d’introduction

Deux idées exprimées à différentes époques guideront nos réflexions : « Ce que tu fais pour moi mais sans moi, tu le fais contre moi » (Gandhi) « Aussi local que possible, aussi international que nécessaire » (One Humanity : Shared Responsibility - Report of the Secretary-General for the World Humanitarian Summit ; 2016 (A/70/709))

Le concept de renforcement des capacités est à la mode. Thème de nombreuses conférences, au cœur de plusieurs réflexions internes, il met en évidence la tension entre la nécessaire (re)localisation de l’aide et l’indispensable renforcement de l’aide internationale, tension dont les éléments sont eux-mêmes sujets à controverses. Les limites et contraintes d’une aide extérieure sont connues. Parmi elles : la logique de substitution et de dépendance, la déstabilisation des contextes nationaux et locaux, l’instrumentalisation politique ou encore une démarche teintée d’impérialisme. Les limites et contraintes d’une (re)localisation sont elles aussi identifiées : nombre insuffisant d’acteurs, limite de leurs capacités, limite de leurs ressources (notamment financières), corruption, questionnements sur leur neutralité et leur impartialité, interrogations sur la qualité de leur action, sur leur redevabilité, etc. Ces limites souvent réelles servent encore trop souvent à justifier le fait de ne pas donner plus de pouvoir aux acteurs nationaux et celui d’une approche limitée en termes de renforcement des capacités.

Comment dépasser ces tensions conduisant à un débat stérile ? Comment mettre effectivement en œuvre ce que souligne la synthèse du rapport du processus de consultation pour le Sommet humanitaire mondial ? Il mentionne en effet que : « Le leadership et la responsabilité aux niveaux local et national en matière de gestion des crises doivent être renforcés partout où cela est possible, grâce à l’appui d’une coopération régionale renforcée et au soutien des institutions internationales. La mise en œuvre d’un tel transfert devrait être facilitée par l’analyse des capacités opérationnelles locales, par une étude des rôles et des mécanismes de coopération actuels, ainsi que par la création de mécanismes de prises de décision plus inclusifs fondés sur les principes du partenariat » (Synthèse du processus de consultation réalisé en vue du Sommet humanitaire mondial, 2015).

L’objectif de cet article est de revenir de façon synthétique sur le concept de renforcement des capacités afin de mieux mettre en lumière ce qu’une véritable stratégie de renforcement des capacités supposerait pour les acteurs internationaux de l’aide. Sont regroupées sous ce terme outrageusement généralisant les organisations humanitaires internationales, non gouvernementales ou intergouvernementales, et les organisations jouant un rôle dans la réponse humanitaire (organismes étatiques de coopération, bailleurs de fonds, etc.). Le propos n’est pas ici de porter un jugement sur ce qui se fait ou non, mais de délimiter les contours de ce qui pourrait se faire, depuis la perspective des acteurs internationaux.