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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

La résilience : un mot à la mode et utile
Synthèse des débats

Mots-clés: Point de vue / Résilience /
 

 La résilience : une passerelle nécessaire ou un dangereux chevauchement ?

Le concept de résilience représente-t-il une passerelle utile entre les acteurs, les approches, les institutions et les secteurs ? On peut évidemment considérer qu’il contribue à l’identification d’un objectif commun entre les trois domaines que sont la réduction des catastrophes naturelles, l’adaptation au changement climatique et la réduction de la pauvreté. D’ailleurs, certaines de ces bonnes pratiques sont déjà mises en place dans les projets de développement visant à réduire la pauvreté (micro-financements, dispositifs de sécurité sociale), ainsi que la vulnérabilité des systèmes face aux chocs (recherche agricole orientée vers la résistance face à la sécheresse, plans d’aménagement urbains, etc.) et se prémunir contre les impacts du changement climatique. La résilience peut donc être le résultat d’un processus dans lequel le secteur du développement joue un rôle clé et qui consiste à travailler avec des communautés et des institutions sur une longue période afin de renforcer leurs capacités à gérer les chocs et les stress. Mais cette approche peut-elle, et doit-elle, s’intégrer dans le système d’aide internationale et influencer l’aide humanitaire, afin que l’on puisse voir plus loin que les stratégies visant « seulement » à sauver des vies ? Quels sont dès lors les risques inhérents au secteur humanitaire s’il se positionne de manière plus structurée et renforcée dans l’approche de la résilience ?

Le renforcement de la résilience s’impose progressivement comme la nouvelle façon de travailler dans le secteur du développement, à laquelle les acteurs devront nécessairement s’adapter. Les principales institutions de développement mentionnent à présent la résilience dans leurs communications internes et externes, et ce processus est voué à s’étendre. Or, on observe ici un paradoxe puisque la résilience provient largement des bailleurs humanitaires. Les acteurs humanitaires font eux aussi de plus en plus référence au concept de résilience (parfois même de façon frénétique), passant outre le fait que dans beaucoup de contextes, le budget alloué à l’aide humanitaire est très faible (2% au Pakistan par exemple). Comment la résilience, concept orienté vers le développement, peut-elle alors aider à réformer le très petit secteur humanitaire ?
Ce dernier commence en outre à se rendre compte que la façon dont il fonctionne ne correspond pas forcément à la manière dont les communautés affectées envisagent leurs propres besoins ; il contribue ainsi encore moins à la résilience des populations. La communauté humanitaire se révèle également de plus en plus fragmentée et compartimentée (l’approche par cluster étant en cela un facteur aggravant), mais aussi de plus en plus dirigée par les standards imposés par le système au lieu de prendre en compte les véritables besoins des populations.

La façon dont les communautés et les individus sont affectés nécessite une approche globale de même que la manière de renforcer leurs capacités à gérer les chocs, les risques et les stress. Il est par ailleurs important de garder à l’esprit que les communautés les plus vulnérables ne réfléchissent généralement pas en termes de silos et d’idées verticales, séparées. Au contraire, elles agissent de manière bien plus intégrée. Il est donc possible d’apprendre énormément de toutes ces perceptions différentes à condition de prendre le temps de s’y intéresser. Soutenir la résilience est donc par essence un objectif systémique, multidimensionnel, intersectoriel, adapté aux contextes et aux facettes multiples.

A l’heure actuelle, de nombreuses études traitant des risques sont en cours, mais s’impliquer avec tous les acteurs dans une programmation fondée sur la gestion des risques n’est pas encore une chose aisée, en particulier pour les plus exposés aux risques.

Si elle est ainsi capable d’influencer les pratiques, la résilience sera alors bien plus qu’un concept porteur. Plusieurs acteurs ont néanmoins exprimé leur crainte que la rhétorique et l’effet de mode ne risquent de submerger les vrais besoins pour penser et agir différemment. Ce mot risquerait-il d’être utilisé comme un substitut à tout ce que les travailleurs de l’action humanitaire et du développement ont déjà essayé de mettre en place ? Déjà, certains acteurs affirment qu’ils « font de la résilience ». Or, le renforcement de la résilience est un objectif complexe et à long terme, et non quelque chose que l’on peut simplement « faire ». Il s’agit de mener à bien une série d’activités d’une manière nouvelle, en considérant les risques, les chocs et les capacités d’une manière beaucoup plus stratégique.

Beaucoup reste encore à faire pour développer des stratégies et des approches opérationnelles sur la résilience. Il existe de nombreux niveaux de résilience dans une société donnée (parfois transversaux) et la nature verticale des structures sectorielles constitue un obstacle majeur (les ministères réfléchissant de manière séparée, les ONG étant parfois également fragmentées en différents départements, l’approche en clusters fonctionnant en silos, etc.). Il est donc grand temps de briser ces barrières et de construire des alliances entre les expériences humanitaires et celles du développement pour développer des processus horizontaux d’apprentissage et accélérer le partage d’information à tous les niveaux. Une première option consisterait à ajouter la résilience aux Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Malgré son manque de clarté actuel, le concept de résilience et l’approche qui lui est associé constituent néanmoins une opportunité pour changer la façon dont le système de l’aide pense et agit. Il est possible que cela donne lieu à un programme de transformation qui remettra en cause les paradigmes, les principes, l’architecture de l’aide humanitaire et les procédures de financement. Cela supposera aussi de collaborer avec une plus grande diversité d’acteurs, et notamment avec le secteur privé. Ce dernier est bien entendu un acteur clé dans la réduction de la vulnérabilité et de l’inégalité sociale, puisque ses investissements favorisent la résilience ou au contraire aggravent la vulnérabilité, mais il fonctionne encore en dehors des mécanismes usuels de coordination. Cela est peut être du au fait que les acteurs humanitaires et du développement, avec leur propre jargon et leur manière d’opérer considèrent le secteur privé avec suspicion et ne lui donnent pas assez d’espace pour s’insérer et jouer son rôle.