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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

La résilience : un mot à la mode et utile
Synthèse des débats

Mots-clés: Point de vue / Résilience /
 

LES DÉFIS POSÉS PAR LA RÉSILIENCE

 Intégration ou fusion ?

Si la résilience constitue un objectif commun aux divers acteurs de l’aide internationale, faut-il fusionner les modes d’action en une seule approche ou conserver les particularités de chacun tout en prônant l’intégration ? Nous pouvons ici mentionner l’analogie entre cuisine chinoise et cuisine thaï, dans laquelle l’intégration serait comme la cuisine thaï (où les saveurs de chaque ingrédient sont toujours distinguables les unes des autres) par opposition à la fusion qui serait comme la cuisine chinoise (dans laquelle toutes les saveurs se combinent en une seule). Cela signifie que pour nous la résilience doit être considérée comme le résultat final d’une série de processus différents mis en œuvre par des acteurs coordonnés, mais conservant leurs mandats et approches particuliers.

 Comment mesurer la résilience ?

Si la résilience doit être systématiquement incorporée en tant qu’objectif, et devient un critère transversal pour l’action, la mesure de la résilience sera la prochaine étape. Il s’agit d’une question sensible mais essentielle, puisque des sommes considérables sont investies dans le processus de renforcement de la résilience. Or, compte tenu de l’absence de définition claire et officielle de la résilience, il est difficile de trouver un consensus sur ce que devraient être les indicateurs et les unités de mesure : vies sauvées, moyens de subsistance protégés, misère évitée, argent économisé, etc. ?

L’élaboration de valeurs de référence représente un défi de taille. L’analyse des risques et des forces en présence dans un contexte donné, ainsi que l’analyse institutionnelle, sont par exemple des éléments primordiaux à prendre en compte. De plus, les analyses systémiques – avec l’identification du contenu des systèmes et de leurs limites ainsi que les interactions avec leur environnement extérieur – sont rarement effectuées de manière correcte. Dans la même logique, les méthodologies permettant de mener à bien de tels examens (émanant en grande partie de l’économie politique et des sciences sociales) ne sont souvent pas maîtrisées par les organismes d’aide. Les progrès vers la résilience impliquent donc des progrès significatifs dans l’accès et l’utilisation de ces méthodes nécessaires pour comprendre les enjeux majeurs, prendre des mesures afin d’avancer et d’apporter une réponse appropriée.

De manière encore plus précise, de quelle façon la résilience peut-elle être intégrée aux Objectifs du Millénaire pour le Développement ? John Twigg aborde cette question au niveau communautaire dans son ouvrage « Caractéristiques d’une collectivité résiliente face aux catastrophes ». Ces caractéristiques peuvent être utilisées dans les évaluations et la mise en œuvre des projets mais ce processus requiert une analyse qualitative et quantitative de la résilience au niveau local. Or, mesurer la manière dont la résilience est intégrée dans les programmes destinés à la définition des politiques ou au renforcement institutionnel n’est pas une tâche facile. Des indicateurs adaptés au contexte devront certes être développés, mais des critères plus génériques seront aussi utiles à certains stades pour comparer des situations et des réalisations.

De son côté, le cadre d’action de Hyogo a permis une meilleure intégration de certains mécanismes. Il est en effet important de se rappeler que lorsque l’on mesure la résilience, comme l’impact, différentes perspectives doivent être prises en compte afin de clarifier les « attributions » des divers acteurs et programmes. Plusieurs facteurs contribuent ainsi au renforcement de la résilience et représentent une source de valeur ajoutée. Vaut-il alors mieux mesurer la résilience une fois le stade final atteint (l’impact sur les collectivités, les risques ou les institutions) ou pendant le processus de son renforcement ?

Le recours aux sciences sociales – notamment pour l’analyse de la perception des risques et des vulnérabilités – et aux « sciences dures » pour mesurer la résilience, mais aussi leur fonctionnement conjoint, reste un débat compliqué. Pourtant, avant de prendre des décisions, il est nécessaire de dégager des éléments objectifs quant à l’échelle et la nature des risques, des chocs éventuels et des stress, mais également sur la manière dont la résilience peut fonctionner. Dans les zones touchées par le Tsunami en 2004 par exemple, la perception actuelle du risque de tsunami est probablement très élevée, alors qu’il existe d’autres types de risques dans la région, qui sont partiellement mis de côté.
Les différents types d’outils destinés à mesurer la résilience comprennent des approches qualitatives, quantitatives et multidimensionnelles, cette pléthore d’approches constituant un réel défi. Toutefois, même si nous sommes incapables de mesurer correctement son évolution, même s’il n’existe pas de solution simple, il vaut la peine d’investir dans la résilience et d’évaluer l’impact de nos actions, en développant une boite à outils et en adoptant systématiquement une approche contextuelle.