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Humanitaires en mouvement n°11, N° spécial " Résilience "

La résilience : un mot à la mode et utile
Synthèse des débats

Mots-clés: Point de vue / Résilience /
 

 Financer la résilience

La résilience a été impulsée par les bailleurs à grande échelle, stimulant un changement dans l’évolution de l’aide humanitaire (DFID, CHASE, ECHO, OFOA et USAID). L’OCDE et la Banque Mondiale se sont impliqués pour faire avancer le renforcement de la résilience après avoir constaté que les impacts de leurs investissements sur le développement étaient insuffisants. De même, le contexte économique aujourd’hui assez difficile dans les pays occidentaux augmente la responsabilité quant à l’utilisation des ressources publiques (les Pays-Bas, par exemple, ont diminué leur budget d’aide d’un milliard d’euros). Le GFDRR (Global Facility for Disaster Reduction and Recovery) a mis en place un fonds de révision et de rétablissement sur vingt ans, et suite à l’examen des portefeuilles de développement, il a été constaté que certains projets des institutions financières internationales ont en réalité davantage contribué à l’augmentation des risques et de la pauvreté qu’au renforcement de la résilience. Le quatrième forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide a ainsi approuvé un accord pour une nouvelle direction globale dans l’engagement auprès des États fragiles appelé « Nouvel Accord pour l’engagement dans les États fragiles » sur lequel bâtir « l’agenda de la résilience ». Cet accord, élaboré d’après la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide et le Programme d’action d’ACCRA, mentionne également un nouvel engagement dans les contextes d’insécurité.

S’il semble aujourd’hui difficile d’envisager que des financements soient attribués exclusivement à la résilience, il est en revanche intéressant de réfléchir à la manière dont les stratégies pro-résilience peuvent utiliser au mieux les bonnes pratiques et optimiser les mécanismes de financement en incorporant un « objectif de consolidation de la résilience ». Cette consolidation ne nécessite pas en elle-même de nouvelles sources de financement mais plutôt de nouveaux mécanismes de coordination, de nouvelles modalités et de nouvelles approches.

Analyser le rôle des institutions nationales et de leur propre budget offre également de nouvelles perspectives pour appréhender le renforcement de la résilience. De quelle manière les gouvernements peuvent-ils mieux planifier et dépenser l’argent public ? Quel est le moyen d’investissement le plus efficace ? Comment protéger les investissements ?

Les bailleurs devraient eux aussi examiner les portefeuilles du développement pour s’assurer qu’ils contribuent à la résilience au lieu de la menacer, et accorder plus d’attention à une programmation sensible aux risques pour la renforcer.

Alors que l’architecture actuelle du système humanitaire n’est pas prête pour une « révolution pro-résilience », de nombreux changements vont dans la bonne direction. Certains sont par exemple à noter au sein du système des Nations unies, comme la stratégie pluriannuelle IASC-CHAP accompagnée du CAP (procédure d’appel globaux) annuel.

Par ailleurs, d’autres opportunités se profilent pour contribuer à mieux lier les organisations humanitaires et l’agenda sur la résilience, comme le sous-groupe de travail du IASC travaillant sur la préparation aux catastrophes, ainsi que le groupe d’intervention sur le relèvement précoce au sein de l’approche Cluster (Global Cluster on Early Recovery). En décembre 2012, l’une des réunions du IASC s’est d’ailleurs concentrée sur la résilience, ce qui atteste de la préoccupation actuelle pour cette problématique.

Des rapprochements similaires en faveur du renforcement de la résilience peuvent également être observés entre la société civile et le secteur privé. Le Forum économique mondial a ainsi présenté des cadres conceptuels identiques à ceux de la société civile, dont une typologie des risques (40 types clés), et travaille actuellement sur une initiative de renforcement de la résilience, ayant comme objectif d’influencer, à la fois au niveau global et national, le secteur privé et la gouvernance. Les petites et moyennes entreprises sont aussi extrêmement importantes dans le processus consistant à relier la communauté aux grandes entreprises. Le secteur privé dégage en effet de plus en plus d’opportunités au niveau local pour étendre ses produits aux populations les plus pauvres (par exemple, les nouvelles micro-assurances contre les intempéries et l’expansion des télécommunications dans les régions les plus pauvres).

L’un des principaux avantages à avoir remis la résilience au cœur des préoccupations est bien entendu la dynamique que ce processus a su créer entre acteurs de l’aide. Ce que l’on appelle les « procédure d’appel globaux » (CAP) sont en fait une planification stratégique et financière que la communauté de l’aide a utilisée depuis plus d’une décennie, permettant de planifier et d’augmenter des budgets conjointement. Ce processus a bien entendu vu le jour en tant qu’outil de collecte de fonds, mais il a permis de mettre en exergue l’importance de la planification stratégique pour la recherche de fonds.

En revanche, il est nécessaire de séparer l’aspect collecte de fonds de l’aspect stratégique. Établir des liens de manière durable avec le développement local à long terme prend en effet du temps. Le renforcement des capacités institutionnelles est également un objectif à long terme si l’on veut que les mécanismes nationaux puissent soutenir le renforcement de la résilience, et devenir eux-mêmes plus résilients. Les exigences de financements dans les situations d’urgence ont quant à elles un cadre temporel très contraint qui, en l’état, limite la capacité du secteur à s’associer à des approches à long terme. L’enjeu est ainsi de trouver des mécanismes institutionnels et financiers permettant de travailler à long terme pour le renforcement de la résilience, agenda à la fois humanitaire et de développement.

 

Ce texte synthétise les débats d’environ 6 heures d’ateliers et de restitution. Il exprime les points de vue des participants, qui ont choisi les thèmes de discussion via la méthode d’animation de l’open-space.