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La revue du Groupe URD

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La gestion durable des points d’eau : analyse des déterminants et pistes pour favoriser l’autonomie des comités d’eau dans les projets humanitaires
Julie Patinet

Si l’on trouve de nombreuses références bibliographiques sur les projets de mise en place de point d’eau en contexte de développement, il n’existe pas d’équivalent pour les contextes de crise. Pourtant, les projets et les financements humanitaires consistant à creuser ou réhabiliter des forages ou puits, à les équiper de pompes et à monter des comités de gestion sont extrêmement nombreux.

 Introduction

La gestion sociale de l’eau (GSE), approche largement mise en œuvre dans les contextes de développement, inclut l’ensemble des mécanismes sociaux permettant d’identifier, capter, exploiter, transférer, répartir dans l’espace et le temps la ressource, ainsi que d’assurer une maintenance des infrastructures et garantir un accès régulier de tous dans le cadre de règles établies. L’eau étant gérée par une autorité socialement – et souvent démocratiquement – reconnue, la gestion sociale de l’eau est donc avant tout une construction sociale évolutive [1].

Les réponses humanitaires consistant à monter des comités (ou Association d’Usager de l’Eau (AUE) [2]) pour gérer les ouvrages installés ou réhabilités sont souvent inspirées des projets de développement. Tout l’enjeu consiste alors à adapter les méthodes « qui marchent » en situation stable, l’objectif étant de garantir l’autonomie des principaux gestionnaires (les comités) et des communautés, c’est-à-dire leur capacité à fonctionner et entretenir le point d’eau dans la durée, après le départ des ONG. De ce fait, la question est de savoir si, malgré l’adaptation des méthodes et approches aux situations humanitaires, les communautés vont entretenir durablement les infrastructures, même si des étapes-clefs en gestion sociale de l’eau ont dû être supprimées du fait de la situation d’urgence. Est-il possible en quelque sorte de « rattraper » ou de remplacer a posteriori ces étapes en phase de relèvement ?

Différents facteurs propres aux situations d’urgence ont bien entendu un impact, comme les mouvements de population qui constituent l’une des conséquences les plus importantes des conflits. Ces déplacements ont en effet des implications sur la structuration sociale existante qui se traduit par la réduction, voire la disparition, des membres dans les comités de gestion déjà en place. De plus, certains animateurs de terrain expérimentent dans leur travail les conséquences sociales du conflit sur les communautés, traversées elles aussi par la violence.

Dès lors, n’est-il pas (trop) ambitieux de vouloir développer des approches de gestion sociale de l’eau qui nécessitent beaucoup de temps (plusieurs années au minimum) ainsi qu’une certaine stabilité en situation humanitaire sur des programmes d’urgence dont la durée est parfois inférieure à une année ? Les comités de gestion sont-ils incontournables ? Et enfin, quelles sont les leçons apprises dans les projets humanitaires d’accès à l’eau ?

Le présent article est centré sur l’eau de boisson, et ne traite donc pas la gestion sociale de l’eau à des fins agricoles (irrigation) ou pastorales, même si cette distinction est parfois théorique ou arbitraire, tant un point d’eau peut être multi-usages. Il a été rédigé sur la base des travaux d’évaluation et de recherche en République centrafricaine (RCA), plus précisément dans la zone de Kabo (au nord du pays) pour SOLIDARITES INTERNATIONAL (SI). La crise actuelle en République centrafricaine, qui dure depuis de nombreuses années, voire décennies, se caractérise par une volatilité du contexte impliquant de nombreux mouvements de populations. Cela constitue un facteur de complexité et de blocage supplémentaire pour accompagner le plus efficacement possible les populations et communautés dans la fourniture d’accès durable à l’eau. Ainsi, les crises récurrentes depuis une quinzaine d’années dans la région de Kabo empêchent les comités de se structurer dans la durée. Quelques enseignements tirés de l’Observatoire de l’aide au Tchad oriental, mis en place par le Groupe URD [3], viennent aussi enrichir le propos.

Cet article se focalise tout particulièrement sur la pompe à motricité humaine, puisque c’est le choix technique qui a été fait dans les projets évalués en RCA et au Tchad. Pour autant, ce n’est bien sûr pas la seule option en matière d’accès à l’eau, les choix techniques dépendant évidemment de l’analyse du contexte et de la concertation avec les acteurs locaux concernés, à commencer par les bénéficiaires des programmes d’aide, futurs usagers et usagères.


[1] D’après Thierry Ruf, spécialiste en GSE.

[2] Il s’agit des comités d’eau, constitués officiellement en association, et en ce sens en mesure de signer des contrats avec l’artisan réparateur.

[3] Pour répondre aux besoins d’études spécifiques des différents acteurs de l’aide engagés dans l’amélioration de la qualité de la réponse aux crises humanitaires au Tchad, le Groupe URD a mis en place de 2009 à 2012 un Observatoire des Pratiques de l’Aide au Tchad (OPAT). Dès le début de ses activités, l’Observatoire a mis un accent particulier sur la problématique de l’approvisionnement en eau, activité intégrée aux interventions humanitaires. L’existence au Tchad oriental depuis plusieurs décennies de projets de développement d’hydraulique villageoise a permis en particulier de bâtir un cadre solide pour la pérennité des infrastructures (développement du système d’entretien et de maintenance, formation d’artisans réparateurs des pompes manuelles, renforcement de capacités des autorités tchadiennes en charge) et de capitaliser des enseignements.