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La revue du Groupe URD

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Pour une approche intégrée et multi-sectorielle de la nutrition dans les programmes d’urgence, de réhabilitation, et de développement : quelques outils et pistes de réflexion
Charlotte Dufour

Alors que l’on y porte attention essentiellement dans les situations de famine, la nutrition peut pourtant jouer un rôle central dans la planification, la mise en oeuvre et l’évaluation des programmes d’urgence, de réhabilitation et de développement, même lorsqu’elle paraît invisible. Bien au-delà de distributions d’aliments ou de suppléments nutritionnels, la nutrition peut être la clé de voûte d’une approche intégrée et multi-sectorielle, centrée sur les besoins des populations.

 Introduction

Un enfant assis par terre dans la poussière, ses bras et ses jambes sont plus minces que des bâtons, son ventre un peu ballonné et son regard est vide ; il est soutenu par sa mère, dont les yeux sont habités par l’angoisse et une part de honte : elle n’a pas été capable de nourrir son enfant. Un enfant et une mère affamés : tel est le visage de l’humanitaire. Les taux de malnutrition aiguë : signal d’alerte ultime qui déclencheront ou non une action humanitaire d’envergure. Le centre de nutrition thérapeutique : lieu par excellence du geste humanitaire, d’où l’enfant affamé sort sauvé et souriant, la mère rayonnante de soulagement. La nutrition est presque devenue, malgré elle, l’emblème de la tragédie et du miracle humanitaire aux yeux du grand public.

Mais au delà de ce rôle quasi mythique, cantonné à des situations de misère extrême, l’apport de la nutrition aux programmes humanitaires, de réhabilitation et de développement ne serait-il pas plus modeste, mais pourtant plus central à la planification et la mise en œuvre de programmes de qualité, centrés sur les besoins des populations ? La malnutrition aiguë sévère n’est que le pic de l’iceberg : alors que celle-ci ne touche « que » 0,1 à maximum 6% des enfants de moins de 5 ans dans les situations de crise, de 5 à 20% (parfois jusqu’à 25%) sont touchés par une malnutrition aiguë modérée et plus de la moitié par une malnutrition chronique (retard de croissance), sans parler des carences en micronutriments qui touchent enfants et adultes, augmentant le risque sanitaire et réduisant la capacité de travail. La nutrition est un besoin fondamental au cœur des multiples besoins des populations affectées par une crise, même lorsqu’elle paraît invisible.

Loin d’être un domaine réservé à une poignée d’experts en nutrition, la nutrition est une discipline qui peut fournir des outils à chaque acteur humanitaire, qu’il ou elle soit ingénieur(e) en eau et assainissement, médecin, agronome, infirmière, sociologue, logisticien, chef de mission, ou desk. Nul ne peut le faire seul, mais chacun peut jouer un rôle pour s’assurer que cet enfant et cette mère affamés n’attendent pas l’ultime « solution » : le traitement de la malnutrition sévère. Ou bien lorsque cela s’avère inévitable, qu’ils n’aient pas à revenir quelques mois plus tard, ou que le petit frère ou la petite sœur ne subissent pas le même sort que leur aîné. Comment ? Cet article tente de proposer quelques clés et pistes de réflexion.