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La revue du Groupe URD

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Quelle approche pour la mesure de la résilience ?
Valérie Léon & Coline Michon

A l’heure actuelle, les acteurs de l’aide reconnaissent la pertinence des approches « résilience », mais ne savent pas toujours comment les convertir en pratique ou les mesurer. Depuis mi-2014, le Groupe URD élabore une méthode afin de mesurer les avancées en matière de résilience et/ou de relèvement rapide suite à un choc. Actuellement en phase de test au Bangladesh et au Népal, ce travail aboutira au développement d’une démarche et d’un outil de mesure qui pourra s’adapter à un contexte spécifique d’intervention.

 Repères conceptuels

De nombreux concepts ont récemment germé dans le secteur de l’aide, avec diverses interprétations opérationnelles parmi les acteurs, ce qui crée une grande confusion. Parmi ces nouveaux termes, le relèvement rapide constitue le premier segment d’un retour à une certaine normalité (telle qu’avant la crise) dans le temps de la réponse humanitaire. Les actions de ce type ont ainsi pour objectif de réduire la sévérité et la durée de la crise, et, selon la modalité d’intervention, permettront de poser les bases de la résilience à plusieurs niveaux (individus, communauté, société, etc.) et, par conséquent, celles d’un développement durable.

La résilience, quant à elle, se définit comme la capacité d’un individu, d’un foyer, d’une communauté, d’un pays ou d’une région à résister, s’adapter et récupérer rapidement suite à des stress et des chocs. Dans cette définition, l’élément intéressant est la notion de « rebondir ». La résilience est ainsi vue comme un concept plus large (englobant celui de relèvement rapide), puisqu’elle ne se focalise pas uniquement sur la réponse aux chocs, mais également sur la prévention et la préparation aux risques, ceci en appui aux processus de développement.

 

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Définitions les plus répandues :

Résilience
« La capacité d’un système, une communauté ou une société exposée aux risques de résister, d’absorber, d’accueillir et de corriger les effets d’un danger, en temps opportun et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base », UNISDR (2009).

« La résilience vis-à-vis des catastrophes est la capacité des pays, des communautés et des ménages à s’adapter au changement, en conservant ou en transformant leur niveau de vie (living standards) face à des chocs ou des stress – comme un tremblement de terre, une sécheresse ou un conflit – sans compromettre leurs perspectives à long terme », DfID (2011).

Relèvement rapide
« Le relèvement rapide est une approche qui répond aux besoins de relèvement qui surgissent lors d’un phase humanitaire d’urgence, en utilisant les mécanismes humanitaires qui sont en lien avec les principes de développement. Il permet aux populations d’utiliser les avantages de l’action humanitaire pour saisir les opportunités de développement, de résilience, et d’établir un processus durable de sortie de crise. Le relèvement rapide est un élément essentiel de toute réponse humanitaire efficace. Sa planification devrait commencer au tout début de la crise », IASC (2013).

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Le schéma ci-dessous (Figure 1) permet de faciliter la visualisation des interdépendances entre différentes notions sans entrer dans des débats sémantiques, mais également de promouvoir un rapprochement des acteurs de l’aide (humanitaires et de développement). Adapté d’un document du IASC, il illustre graphiquement les positionnements respectifs de concepts, qu’ils soient associés aux phases de développement ou spécifiques à la réponse humanitaire.

Ces concepts traduits dans les projets ne respectent pas toujours un temps linéaire. En effet, la multiplicité des risques et une certaine récurrence des chocs et des crises peuvent se traduire par des actions en boucle. Le relèvement rapide et la résilience ont alors pour objectif une sortie de crise pérenne.

Ce graphique permet en outre de prendre conscience que l’opérationnalisation du relèvement rapide requiert à la fois sa prise en compte dans chaque secteur et une mobilisation collective de tous les acteurs impliqués (directement ou indirectement). Il engage aussi différentes modalités d’interventions (telles que la réponse d’urgence, l’adaptation au changement climatique, la réduction des risques de catastrophes, les processus de relèvement - rapide, moyen ou long terme - et de résilience).

 

Figure 1 : Une approche holistique du relèvement rapide et de la résilience dans un contexte de désastre
Figure 1

Source : Adapté de CWGER (2008), Early Recovery in the context of transition, IASC Guidance note on Early Recovery. Abréviations : AAC : Adaptation au Changement Climatique ; GRC : Gestion des Risques de Catastrophe ; OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement ; RP : Réduction de la Pauvreté.

 

Lors de ses missions terrain, le Groupe URD constate régulièrement que ces nombreux concepts sont généralement bien connus des praticiens de l’aide. Cependant, les liens opérationnels sont souvent partiels, voire inexistants, en particulier entre l’urgence et le relèvement rapide, ou encore entre les phases de relèvement et de développement.

A ce titre, une préoccupation essentielle consiste à aller au-delà des débats conceptuels et à créer des liens opérationnels entre les différents types d’intervention. En cela, une méthode de mesure, adaptable à différents contextes et opérateurs terrain, permettrait de jauger, de mettre en perspective et de s’appuyer sur des preuves tangibles pour améliorer la qualité des réponses de l’aide.