Auteur

Valérie Léon & Coline Michon

Repères conceptuels

De nombreux concepts ont récemment germé dans le secteur de l’aide, avec diverses interprétations opérationnelles parmi les acteurs, ce qui crée une grande confusion. Parmi ces nouveaux termes, le relèvement rapide constitue le premier segment d’un retour à une certaine normalité (telle qu’avant la crise) dans le temps de la réponse humanitaire. Les actions de ce type ont ainsi pour objectif de réduire la sévérité et la durée de la crise, et, selon la modalité d’intervention, permettront de poser les bases de la résilience à plusieurs niveaux (individus, communauté, société, etc.) et, par conséquent, celles d’un développement durable.

La résilience, quant à elle, se définit comme la capacité d’un individu, d’un foyer, d’une communauté, d’un pays ou d’une région à résister, s’adapter et récupérer rapidement suite à des stress et des chocs. Dans cette définition, l’élément intéressant est la notion de « rebondir ». La résilience est ainsi vue comme un concept plus large (englobant celui de relèvement rapide), puisqu’elle ne se focalise pas uniquement sur la réponse aux chocs, mais également sur la prévention et la préparation aux risques, ceci en appui aux processus de développement.

 

Définitions les plus répandues :

Résilience
« La capacité d’un système, une communauté ou une société exposée aux risques de résister, d’absorber, d’accueillir et de corriger les effets d’un danger, en temps opportun et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base», UNISDR (2009).

« La résilience vis-à-vis des catastrophes est la capacité des pays, des communautés et des ménages à s’adapter au changement, en conservant ou en transformant leur niveau de vie (living standards) face à des chocs ou des stress – comme un tremblement de terre, une sécheresse ou un conflit – sans compromettre leurs perspectives à long terme», DfID (2011).

Relèvement rapide
« Le relèvement rapide est une approche qui répond aux besoins de relèvement qui surgissent lors d’un phase humanitaire d’urgence, en utilisant les mécanismes humanitaires qui sont en lien avec les principes de développement. Il permet aux populations d’utiliser les avantages de l’action humanitaire pour saisir les opportunités de développement, de résilience, et d’établir un processus durable de sortie de crise. Le relèvement rapide est un élément essentiel de toute réponse humanitaire efficace. Sa planification devrait commencer au tout début de la crise », IASC (2013).

 

Le schéma ci-dessous (Figure 1) permet de faciliter la visualisation des interdépendances entre différentes notions sans entrer dans des débats sémantiques, mais également de promouvoir un rapprochement des acteurs de l’aide (humanitaires et de développement). Adapté d’un document du IASC, il illustre graphiquement les positionnements respectifs de concepts, qu’ils soient associés aux phases de développement ou spécifiques à la réponse humanitaire.

Ces concepts traduits dans les projets ne respectent pas toujours un temps linéaire. En effet, la multiplicité des risques et une certaine récurrence des chocs et des crises peuvent se traduire par des actions en boucle. Le relèvement rapide et la résilience ont alors pour objectif une sortie de crise pérenne.

Ce graphique permet en outre de prendre conscience que l’opérationnalisation du relèvement rapide requiert à la fois sa prise en compte dans chaque secteur et une mobilisation collective de tous les acteurs impliqués (directement ou indirectement). Il engage aussi différentes modalités d’interventions (telles que la réponse d’urgence, l’adaptation au changement climatique, la réduction des risques de catastrophes, les processus de relèvement – rapide, moyen ou long terme – et de résilience).

Lors de ses missions terrain, le Groupe URD constate régulièrement que ces nombreux concepts sont généralement bien connus des praticiens de l’aide. Cependant, les liens opérationnels sont souvent partiels, voire inexistants, en particulier entre l’urgence et le relèvement rapide, ou encore entre les phases de relèvement et de développement.

A ce titre, une préoccupation essentielle consiste à aller au-delà des débats conceptuels et à créer des liens opérationnels entre les différents types d’intervention. En cela, une méthode de mesure, adaptable à différents contextes et opérateurs terrain, permettrait de jauger, de mettre en perspective et de s’appuyer sur des preuves tangibles pour améliorer la qualité des réponses de l’aide.

Schéma 1 : Une approche holistique du relèvement rapide et de la résilience dans un contexte de désastre

Source: Adapté de CWGER (2008), Early Recovery in the context of transition, IASC Guidance note on Early Recovery.
Abréviations: AAC: Adaptation au Changement Climatique; GRC: Gestion des Risques de Catastrophe; OMD: Objectifs du Millénaire pour le Développement; RP: Réduction de la Pauvreté.

Pourquoi mesurer la résilience ?

D’où vient cette nécessité ?

La notion de résilience a été largement impulsée par les bailleurs humanitaires, et l’inefficacité de l’aide dans des contextes de vulnérabilité chronique et de crises récurrentes a pu influencer sa propagation.

Sur les deux dernières décennies, la récurrence des crises alimentaires liées à la sécheresse, que ce soit au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, a soulevé des questions quant à l’efficacité des efforts de développement en cours. Dans une telle configuration d’urgences chroniques, les réponses (même tardives) de la communauté internationale ont sauvé des vies mais n’ont pas permis de protéger, restaurer ou reconstruire les moyens d’existence. Les programmes nationaux de filets de sécurité sociale ont néanmoins démontré leur efficacité pour lutter contre la vulnérabilité chronique.

Dans ce contexte où l’approche résilience est devenue un impératif pour l’action, il apparaît essentiel d’évaluer l’impact des efforts déployés en faveur de la résilience et du relèvement. L’accent actuellement mis sur la redevabilité dans le secteur humanitaire (à la fois envers les bailleurs de fonds et les populations affectées) va dans ce même sens.

Si, aujourd’hui, la validité des approches résilience est largement reconnue, celles-ci souffrent parfois d’un manque de clarté conceptuelle. En outre, les acteurs de l’aide manquent souvent d’orientation opérationnelle et de leçons apprises, ce qui explique le faible niveau d’appropriation et d’opérationnalisation réelles. De ce fait, il n’est pas aisé de préciser les contours des concepts employés, ou encore de définir les paramètres et la plus-value concrète des programmes qui s’en réclament, d’où la nécessité d’une réflexion sur l’élaboration d’une méthodologie de mesure appropriée.

Autour de cet enjeu, il s’agit d’aider les opérateurs terrain à mieux appréhender et tenir compte des processus de changement à l’œuvre dans des phénomènes aussi complexes que ceux de la résilience et du relèvement rapide. Au même titre que la résilience, le relèvement est à la fois multi-acteurs, multidimensionnel, multi-niveaux et multisectoriel.

Les finalités d’une méthode de mesure

Les principaux avantages d’une méthode de mesure de la résilience sont de cinq ordres :

  • En matière d’orientation stratégique et opérationnelle, un outil de mesure peut servir de guide aux acteurs opérationnels afin de concentrer leurs efforts sur certains domaines ou thématiques ou, à l’inverse, d’atténuer les effets de leurs actions.
  • A ce titre, un tel outil a le potentiel pour renforcer l’impact ciblé de certaines interventions. Utilisé sur plusieurs années consécutives, il permettrait en effet de tirer les enseignements d’une réponse – qu’elle soit collective ou menée au titre d’une organisation – en faveur de la résilience, et d’améliorer la qualité d’une synergie d’actions.
  • La redevabilité, car celle-ci apparaît aujourd’hui clairement comme une priorité à la fois pour les bailleurs et pour les populations affectées. Un outil de mesure de la résilience est essentiel pour renforcer cet effort global d’amélioration de la qualité de l’aide. De plus, la redevabilité envers les populations affectées est affichée comme un des piliers de l’Agenda Transformatif1.
  • La visibilité, en démontrant les avancées, voire la valeur ajoutée, d’une approche résilience, à la fois en interne (au sein des organisations de l’aide) et vers l’extérieur (vis-à-vis des bailleurs de fonds, des autorités nationales et des populations).
  • Le plaidoyer, afin de mobiliser des fonds supplémentaires pour les priorités identifiées de résilience et de relèvement.

 

Comment mesurer ? enjeux méthodologiques

Les difficultés conceptuelles et méthodologiques

Parce que les notions de résilience et de relèvement ne sont pas forcément répandues et pratiquées dans l’ensemble des contextes, il existe un risque de confusion au sujet de leurs définitions, donc par rapport à l’interprétation des résultats de toute tentative de mesure. En ce sens, les acteurs impliqués doivent créer un consensus autour de ce que signifie et implique un processus de résilience (ou de relèvement) dans leur contexte d’intervention avant de développer une quelconque méthode de mesure.

À ce sujet, il existe un débat central autour de la pertinence des concepts de résilience et de relèvement dans des situations de crise chronique où la récurrence des chocs vient amoindrir les capacités des populations (par exemple, en région sahélienne). L’outil envisagé par le Groupe URD pourra tout à fait combiner des indicateurs de relèvement et/ou de résilience, les deux phénomènes étant très ténus dans des contextes de crise à évolution lente. En cas de crises soudaines (par exemple un ouragan au Bangladesh ou un séisme au Népal), l’enjeu d’ordre méthodologique consiste alors à sélectionner des indicateurs mesurables sur une période dite de «relèvement rapide» (entre 6 mois et deux ans).

De manière générale, il existe une difficulté intrinsèque à décrire un processus holistique et le simplifier sous forme d’outil de mesure2. A cela s’ajoutent parfois la faiblesse des interactions et la variété d’approches entre acteurs, ce qui complique la mise au point d’une matrice commune d’indicateurs.

En outre, certains aspects – pourtant essentiels au phénomène de résilience – peuvent s’avérer délicats à mesurer en raison d’un manque de données empiriques (et fiables) ou de consensus à leur sujet. De telles difficultés de quantification sont courantes en matière de protection, d’équité sociale, de tensions intercommunautaires ou encore de santé mentale des populations affectées.

Enfin, l’intégration des perceptions des populations au sein de l’outil nécessite un arbitrage additionnel lors de l’identification et de la sélection finale des indicateurs.

Que cherche-t-on à mesurer ? Le processus ou la performance ?

Méthodologiquement, il existe deux manières d’appréhender et de mesurer le phénomène de résilience : 1) par l’évolution dans le temps des capacités inhérentes des individus, des ménages, des communautés et des sociétés dans le but de progresser vers la résilience3 ; 2) par la contribution des programmes, d’un ou plusieurs acteurs de l’aide, qui ont pour but de renforcer la résilience des populations face à un certain type de choc.

Le Groupe URD appréhende essentiellement la résilience comme un phénomène, et non comme la somme des réalisations des opérateurs. Ainsi, au-delà de la mesure de la performance des interventions, la démarche de mesure adoptée vise à capturer et suivre un phénomène multifactoriel, déterminé en partie par les capacités internes, ainsi que par les stratégies des différentes parties prenantes (agences UN, bailleurs, ONG, États, etc.).

C’est pourquoi l’outil de mesure en cours d’élaboration ne prétend pas démontrer en premier lieu la performance (ou encore la contribution) de certaines interventions. En effet, les questions de causalité et d’attribution seraient bien trop complexes pour être tranchées objectivement et ce, d’autant plus pour un outil destiné à être utilisé par des opérateurs de terrain.

L’existence de ces deux niveaux de mesure (phénomène vs. performance des actions) soulève la question du « Quand mesurer ? » : avant et après la survenue d’un choc ou stress, ainsi qu’à intervalles réguliers pendant le processus de renforcement de la résilience.

Dans le même temps, il est également crucial que ces méthodes de mesure soient spécifiques au contexte et au(x) risque(s) en présence. La démarche suivie en l’espèce encourage ainsi les parties prenantes à analyser et souligner les vulnérabilités structurelles, les diverses contraintes et opportunités, mais également les processus d’organisation et d’autonomisation des populations face à un choc.

Les piliers d’une méthode de mesure de la résilience

Compte tenu de ces multiples enjeux conceptuels et méthodologiques, le Groupe URD est donc impliqué depuis mi-2014 sur différents travaux4 visant à mettre au point une méthode de mesure de la résilience qui soit pratique et utile pour les acteurs opérationnels.

Les principes qui doivent guider la conception d’une telle méthode de mesure sont la précision, l’adaptabilité, la reproductibilité, et une forme simple et pragmatique. En effet, celle-ci doit être accessible et s’avérer facile d’application pour les opérateurs terrain.

La méthode envisagée vise à suivre l’évolution d’un processus global, ce qui peut fournir des indications sur les liens entre l’impact des réponses de l’aide et les niveaux de résilience atteints, donc la performance globale des interventions, quels que soient l’approche, le secteur ou la modalité d’intervention.

Étant donné la complexité des débats et la variété des parties prenantes impliquées, le choix s’est imposé pour une approche consultative auprès des acteurs de l’aide. Au final, la démarche proposée pourra être adoptée par un ensemble d’opérateurs ou bien être révisée et utilisée en interne par des organisations afin de jauger les effets probables de leurs actions.

Contextualisation et reproductibilité. Un tel outil doit être « contextualisé » selon les spécificités du contexte et du domaine d’intervention (type de risques ou aléas, besoins, priorités et capacités inhérentes des populations et sociétés, etc.). Les pilotages réels menés (voir encadré) permettront de développer une méthode d’élaboration de type « générique », c’est-à-dire facilitant l’élaboration d’un outil de mesure spécifique à un contexte.

Une approche centrée autour des capacités des populations et pour l’usage des opérateurs. Les indicateurs choisis devront être compréhensibles à la fois par les acteurs de l’aide (urgence vs. développement) et idéalement par les populations concernées. En effet, l’outil est censé refléter leurs préoccupations et besoins prioritaires, ainsi que leurs capacités internes.

Pratique et pragmatique. Pour en assurer son accessibilité et sa facilité d’application (y compris vis-à-vis des populations), le nombre d’indicateurs qui compose toute sorte d’outil de mesure doit être limité (une vingtaine au maximum). En outre, les indicateurs choisis doivent être aisément mesurables (ou intégrables) au sein des mécanismes de S&E5. existants (sans surcoût significatif). Ceci facilitera en outre une vision systémique du phénomène.

 

La méthode de mesure proposée

Inspirée de la théorie du changement, la démarche d’accompagnement proposée vise à guider les acteurs de l’aide dans la construction d’outils de mesure « contextualisés ». Elle fournira un suivi des indicateurs clés, qu’ils facilitent (facteurs positifs) ou entravent (négatifs6) le processus de résilience des populations affectées suite à la survenance d’un choc ou lors d’une période de stress plus continue. Le lien avec les programmes d’aide, et donc leur potentiel impact en matière de résilience, seront quant à eux mis en lumière à travers le choix des indicateurs de mesure qui peuvent en bonne partie être extraits des systèmes S&E existants.

La première étape consiste à identifier les facteurs clés (également appelés « les conditions préalables pour le changement ») qui caractérisent au mieux certains « cheminements de résilience ou de relèvement » dans un contexte donné.

Dans cette optique, le modèle Aspen (voir figure 2) semble le plus approprié pour accompagner les diverses parties prenantes en vue de construire un consensus autour d’une analyse contextuelle spécifique, puis d’en déduire les indicateurs les plus pertinents.

Schéma 2 : Adaptation du modèle de l’Institut Aspen – Théorie du changement.

Source: Andrea Anderson (2005), The Community Builder’s Approach to Theory of Change, The Aspen Institute Roundtable on Community Change.

La seconde étape de la consultation consiste à prioriser, parmi les facteurs de résilience, ceux qui sont à la fois prépondérants (notamment au regard des interrelations entre facteurs) et aisément mesurables (ce qui permettra la compilation de données).

La troisième étape consiste à formuler des indicateurs pour chaque facteur clé priorisé, ceci en prenant en compte les données existantes. La définition d’indicateurs de mesure de la résilience devrait intégrer autant que possible les données disponibles à partir des cadres de S&E existants.

 

L’épreuve de la réalité : le pilotage d’un outil du relèvement rapide au Bangladesh

Le PNUD et le Groupe URD collaborent pour la mise en œuvre d’un projet, financé par ECHO, qui vise à la clarification, à l’intégration et l’opérationnalisation du concept de relèvement rapide dans la réponse collective aux crises. Dans le cadre de ce projet, la démarche d’accompagnement mise au point vise à guider une communauté d’acteurs pour l’élaboration d’outils de mesure « contextualisés » (Bangladesh, Népal, Niger). A la suite de ces tests « en réel », une version générique de l’outil de mesure sera conçue par le Groupe URD afin de faciliter la réplication dans d’autres contextes.

Au Bangladesh, l’élaboration d’un outil de mesure pour un contexte d’inondations récurrentes se déroule actuellement à distance avec un groupe d’opérateurs. Dans un premier temps, la conception de l’outil s’est basée sur une analyse contextuelle du phénomène d’inondations, d’érosion des rivières et d’engorgement des sols (région du Nord-Ouest) à travers une revue de la littérature7 et une mission exploratoire (juin-juillet 2015). Suite à un séminaire de présentation de l’outil à Dhaka, une collaboration à distance a été mise en place avec un groupe d’intéressés (ONG nationales et internationales, l’équipe du PNUD et milieu académique).

Depuis juillet, les diverses interactions à distance ont permis de valider une première analyse des facteurs clés du relèvement dans un contexte d’inondations récurrentes. La collaboration engagée avec des opérateurs (notamment des ONG locales) possédant une forte présence opérationnelle sur le terrain et légitimité sociale a été clé à cet égard.

S’il a été relativement aisé de s’accorder sur une compréhension commune du relèvement (analyse du phénomène, sélection et priorisation des facteurs clés), la phase d’identification d’indicateurs appropriés et de collecte de leurs « valeurs » (à différents intervalles de temps) s’est avérée très consommatrice de temps, bien qu’il s’agisse surtout d’une compilation de données existantes. Ceci révèle la segmentation des méthodes de collecte et des sources, ainsi que la discontinuité de certaines séries de données. Lors des exercices d’évaluation conjoints par exemple, les données sont collectées sur une période de temps centrée autour du moment du choc, ce qui ne permet pas d’étudier le processus de relèvement au-delà de la phase strictement humanitaire.

 

Afin d’en assurer l’adaptabilité, l’outil de mesure utilisera à la fois des indicateurs génériques et certains spécifiques au contexte. Dans sa version « générique » (c’est-à-dire adaptable à tout type de contexte), certaines rubriques ou exemples d’indicateurs possibles pourront être précisés. Cependant, ces derniers devront être complétés et/ou révisés, en consultation avec les acteurs terrain, afin de refléter au mieux les déterminants de la résilience (ou du relèvement) en relation avec un contexte ou programme opérationnel spécifique.

De plus, il est important de souligner que l’analyse des processus de résilience ou de relèvement peut être revue à tout moment par les acteurs sur la base des évolutions observées (ce qui inclut la récurrence ou la multiplicité des chocs, par exemple). Ceci implique donc une révision des indicateurs choisis pour illustrer les processus à l’œuvre dans un contexte donné.

La méthode de mesure possède une forte dimension liée au temps (avant, pendant, après la crise). Pour cela, l’outil inclura une série de valeurs de référence (baseline) avant le choc (ou immédiatement après), puis à intervalles réguliers après la survenance du choc. Par ailleurs, pour nourrir une analyse holistique du phénomène, il est également nécessaire de réfléchir selon plusieurs dimensions8 et à différents niveaux (par exemple, aux niveaux ménage, communauté, district et national).

Enfin, le schéma ci-dessous présente le cadran méthodologique qui doit ensuite être rempli avec les données de terrain. Dans ce schéma, les indicateurs mentionnés sont utilisés à titre d’exemples pour clarifier la logique de construction d’une telle démarche de mesure.

 

Conclusion

La réflexion menée actuellement par le Groupe URD représente une tentative de rapprochement entre divers acteurs impliqués dans les processus de résilience, qu’ils viennent du monde du développement, de l’urgence, des autorités nationales ou de la société civile.

Si la démarche employée ne vise pas en premier lieu à estimer l’impact d’un programme en particulier, la version générique pourra tout à fait être adaptée par tout type d’organisation. Ainsi, l’outil de mesure pourra être utilisé par un opérateur pour suivre et évaluer des réalisations de type résilience ou relèvement, ou encore par un secteur d’activités pour appréhender les synergies entre sous-secteurs ainsi qu’entre diverses parties prenantes. A un niveau plus global, l’outil pourra également amener la communauté de l’aide à déterminer plus rapidement les moyens de « se rendre moins nécessaire », notamment en soutenant les stratégies des populations, et à renforcer la qualité des réponses de l’aide.

 

Valérie Léon, Groupe URD
Chargée de recherche et d’évaluation

Coline Michon, Groupe URD
Assistante chargée de recherche

 

Diagramme 1 : Cadre provisoire d’indicateurs de mesure du Relèvement Rapide suite à une catastrophe naturelle

  1. Voir IASC, « Accountability to Affected Populations Operational Framework » (TA protocol).
  2. Levine S., “Assessing resilience: why quantification misses the point”, HPG, 2014.
  3. Ici, la résilience est entendue comme la récupération des pertes antérieures, mais aussi la création de nouvelles capacités pour mieux faire face en cas de chocs futurs (i.e. la capacité à « rebondir »).
  4. En particulier, l’étude sur la mesure de la résilience pour la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (http://www.urd.org/fr/projet/la-mesure-de-la-resilience-outils-standards-indicateurs-etc/), ainsi que le projet de renforcement de la capacité multi-acteurs en termes de relèvement rapide, actuellement en cours avec le PNUD (http://www.urd.org/fr/projet/renforcement-de-la-capacite-multi-acteurs-de-relevement-rapide/).
  5. S&E : suivi et évaluation
  6. Dans ce cas, les indicateurs peuvent alors jouer un rôle d’alerte ou de « sentinelle ».
  7. Voir notamment: The JNA Consolidated Project (2014), Flooding in North-Western Bangladesh: HCTT Joint Need Assessment.
  8. Ici, a été adopté le cadre conceptuel largement répandu des 7 dimensions de la résilience (Humaine, Physique, Economique, Environnementale, Sociale, Politique et Gouvernance, Ressources Externes). Cf. Twigg (2009), « Caractéristiques d’une communauté résiliente », disponible à : http://tilz.tearfund.org/~/media/Files/TILZ/Topics/DMT/Characteristics%20French.pdf

Pagination

p. 17-22