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La revue du Groupe URD

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Pour une approche intégrée et multi-sectorielle de la nutrition dans les programmes d’urgence, de réhabilitation, et de développement : quelques outils et pistes de réflexion
Charlotte Dufour

 

 Qu’est-ce qu’un programme nutritionnel ? Pour une diversité d’approches…

L’invitation à utiliser la nutrition comme objectif commun pour des interventions techniques diverses peut conduire à la nécessité de définir ce qu’est un programme nutritionnel. Il est courant de considérer un programme nutritionnel comme étant un programme de distribution alimentaire (qu’il s’agisse de rations familiales ou de rations supplémentaires pour des enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée), de traitement de malnutrition sévère (centre de nutrition thérapeutique, programme de traitement à domicile), ou, enfin, de distribution de produits supplémentaires riches en énergie ou micronutriments (notamment les nouveaux produits nutritionnels prêts à l’emploi). Bien que ces interventions aient clairement une pertinence dans certains contextes et doivent figurer dans la palette d’outils à disposition des humanitaires, nombre de nutritionnistes sont mal à l’aise avec une définition des programmes nutritionnels qui se cantonnerait à ce type d’intervention, et ce pour plusieurs raisons, expliquées ci-dessous. Un programme nutritionnel peut, au contraire, comporter une vaste gamme d’activités qui peuvent relever de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de l’assainissement, de la psychologie, ou bien d’autres domaines, en fonction des causes de malnutrition dans une situation donnée [2], tels que le démontre les exemples qui suivent.

  • Les programmes de distribution alimentaire (quel que soit la ration ou le produit utilisés), ne sont pas toujours pertinents pour répondre aux problèmes de malnutrition. Par exemple, l’analyse des registres des enfants admis dans les unités de traitements thérapeutiques en Afghanistan révèle qu’environ 40% des patients ont moins de 6 mois, ce qui indique qu’une grande partie du problème est lié aux difficultés des mères à allaiter, difficultés liées à des troubles psychologiques chez des mères traumatisées par la guerre ou les pressions culturelles qu’elles subissent. Autre fait marquant : les taux d’admission en centre thérapeutique doublent, voire triplent, en été, lorsque le taux d’infections diarrhéiques augmente fortement. Les principaux programmes nutritionnels mis en œuvre dans ce contexte sont des projets psycho-sociaux d’assistance aux mères, une aide à l’allaitement (combinant des interventions en centre de santé, mais aussi des campagnes de sensibilisation dans les médias et la mise en place de groupes de soutien communautaires), et des projets d’eau et d’assainissement.
  • Il y a une tendance à confondre la valeur du produit nutritionnel avec l’intervention dans laquelle le produit est utilisé. L’engouement naissant pour certains produits nutritionnels prêts à l’emploi, fabriqués en usine [3] n’est pas à remettre en cause, car ces produits sont certainement efficaces et permettent de diversifier les interventions de traitement (notamment à domicile). Par contre, il ne faut oublier que les produits en eux-mêmes ne constituent pas le traitement. On peut regretter qu’une étude récente sur l’efficacité du Plumpy’Nut au Niger n’ait été biaisée par sa conception : le groupe contrôle par rapport auquel le produit thérapeutique était évalué ne recevait tout simplement aucun traitement. Cette étude fait oublier que d’autres projets, bien avant l’invention de ces produits thérapeutiques, parvenaient aussi à traiter la malnutrition sévère, et ceci parfois avec des aliments locaux [4]. Le traitement de la malnutrition sévère ne dépend donc pas que d’un produit mais de l’intervention dans son ensemble. Cette confusion mène malheureusement à des dérives, tels que des distributions mal supervisées de produits thérapeutiques, qui, en l’absence de suivi médical, d’éducation nutritionnelle et de soutien aux mères, etc. ne peuvent que mener à un gâchis de ressources considérable, étant donné le prix non négligeable de ces produits.

[2] Voir l’approche de “Nutrition Publique” (“Public Nutrition”), promue, entre autres, par Tufts University.

[3] Tels que le Plumpy’Nut ©, Plumpy’Dos ©, BP100 ©, et le Sprinkles ©.

[4] Voir Vandana Prasad in Social Medicine, vol4, nb1, 2009 in India.