Financé par

Agence française de développement, la Fondation de France, Région Auvergne-Rhône-Alpes & la Principauté de Monaco

Contexte

Initialement pensé comme un appui, méthodologique, technique ou stratégique du Groupe URD pour la transition écologique d’une organisation de solidarité internationale, ce travail a finalement pris la forme d’une revue critique. En effet, il est rapidement apparu que l’ONG People In Need, sélectionnée dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt, était déjà largement avancée dans l‘élaboration et le déploiement de ses actions écologiques. Saisissant l’opportunité de mieux connaitre et de mieux faire connaitre le travail de PIN, notamment dans le monde francophone, le Groupe URD a donc quelque peu modifié l’objectif initialement visé.

PIN a initié sa transition écologique de manière organique, sous l’impulsion d’initiatives individuelles menées par des salariés engagés. Ces premiers efforts ont progressivement conduit à la mise en place d’une véritable architecture organisationnelle : adoption d’une politique environnementale dès 2019, élaboration de normes obligatoires (MES), intégration croissante des évaluations environnementales dans les projets, création de postes de référents dédiés et investissements financiers ciblés. Cette structuration s’est faite en articulation avec les évolutions du secteur humanitaire, notamment les exigences des bailleurs de fonds et le renforcement des normes sur le climat et l’environnement. Cette double dynamique, à la fois interne et externe, a permis à PIN de consolider une approche désormais solide et visible sur le terrain.

 

Synthèse des retours de cette analyse

Les effets de cette approche écologique sont déjà tangibles. Pour son fonctionnement, PIN a investi dans des systèmes énergétiques plus propres, amélioré la gestion des déchets et renforcé ses pratiques d’achat responsable. Dans ses programmes, l’organisation intègre de plus en plus les écosystèmes et les risques environnementaux dans la conception des projets. Mais l’évolution la plus frappante réside peut-être dans les changements culturels observés : l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, la diffusion d’une nouvelle conscience écologique et une appropriation croissante des questions environnementales par les équipes. Ces transformations subtiles, situées à l’intersection des pratiques professionnelles et personnelles, constituent le fondement le plus durable de la transition écologique.

L’analyse montre que PIN a adopté un pragmatisme lucide, privilégiant les actions réalisables et efficaces plutôt que les discours maximalistes ou les objectifs irréalisables. L’organisation reconnaît que certains contextes – marqués par l’insécurité, le manque d’infrastructures ou des contraintes financières – rendent impossible l’application stricte de certaines mesures environnementales. Elle s’adapte donc, valorise les efforts pertinents, accepte les limites et reconnait que les outils ne sont pas une fin en soi. Cette position renforce la crédibilité de l’approche, permettant le déploiement d’une transition écologique réaliste, ancrée dans les contraintes humanitaires et attentive aux capacités des salariés.

Au-delà des outils et des normes, ce sont les personnes qui travaillent sur le terrain qui rendent cette transition possible. Les points focaux environnement jouent un rôle clé, tout comme les équipes motivées, les responsables engagés et, bien sûr, les responsables techniques du siège, véritables chefs d’orchestre de cette transition. L’effort repose donc sur un travail patient de gestion du changement, s’appuyant sur la pédagogie, l’encouragement, les espaces d’échange et l’intelligence collective. Cette dimension humaine est d’autant plus importante que PIN est aujourd’hui confrontée, comme toutes les autres ONG, à un défi structurel : maintenir des ressources humaines dédiées dans un contexte de pression budgétaire de plus en plus forte. Or, le succès à long terme de cette transition écologique dépendra en grande partie de la capacité à garantir les postes et le temps alloués aux problématiques environnementales.

 

Photo: Alexei Demidov / Unsplash

Si la trajectoire est solide, l’analyse a permis d’identifier, pour la suite, les défis suivants :

  • Assurer la pérennité des ressources humaines dédiées, en particulier sur le terrain ;
  • Renforcer le portage institutionnel, en particulier lors de la conception des projets ;
  • Améliorer l’articulation interne : opérations/programmes, atténuation/adaptation et entre les départements ;
  • Approfondir la compréhension des questions environnementales grâce à des formations spécifiques à chaque secteur, des analyses plus complexes (sur les analyses de cycle de vie, les enjeux d’arbitrages, ou encore les dilemmes éthiques) et des espaces de discussion réguliers ;
  • Participer plus activement aux initiatives sectorielles collectives afin de contribuer à des solutions structurelles (achats durables, gestion des déchets, transports).

Rappelons qu’il n’existe pas de voie unique vers la transition écologique : chaque organisation doit cheminer depuis son histoire, sa culture, son environnement institutionnel, économique et social. Tous ces éléments doivent être considérés pour que la transition puisse s’opérer. Du reste, face à l’ampleur et à la complexité des enjeux, aucune piste, aucune idée, ne doit être écartée. L’expérience de PIN offre indéniablement une source d’inspiration, mais ce travail ne prétend pas en faire un modèle normatif : il propose plutôt une lecture, parmi d’autres possibles, d’une dynamique en cours qui, comme toute transition, se construit pas à pas.

Réalisé par

Aline Hubert

Chargée de recherche, d’évaluation et de formation « Environnement » (depuis 2021)