Une question majeure s’impose : le secteur humanitaire et l’aide internationale sont-ils suffisamment préparés aux transformations profondes qu’exige l’adaptation au changement climatique ?
Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, la planète suit une trajectoire de réchauffement de près de +2,9 °C d’ici 2100. Cette évolution entraîne une intensification et une multiplication des événements climatiques extrêmes, touchant des zones de plus en plus vastes. Ces crises mettent sous pression les dispositifs de prévention et de réponse existants, ainsi que les capacités – humaines, matérielles et financières – des États et des sociétés civiles, au Sud comme au Nord.
Face à ce constat, une question majeure s’impose : le secteur humanitaire et l’aide internationale sont-ils suffisamment préparés aux transformations profondes qu’exige l’adaptation au changement climatique ? Si la conscience de l’urgence d’atténuer les émissions est désormais bien établie – avec des engagements collectifs dès 2020 pour réduire l’empreinte carbone des organisations humanitaires – la réflexion sur l’adaptation reste en retrait.
Pourtant, la Charte sur le climat et l’environnement (2021) et la Déclaration des bailleurs sur le climat et l’humanitaire (2022) invitent explicitement à penser conjointement atténuation et adaptation. Le Réseau Environnement Humanitaire (REH), dans le cadre du troisième engagement de la Déclaration d’Engagement des Organisations Humanitaires pour le Climat (2020), invite également les signataires à adapter leur action humanitaire aux nouveaux enjeux climatiques, en :
- intégrant l’analyse des risques climatiques et environnementaux dans toutes les interventions, et en favorisant prévention, mitigation et adaptation ;
- réduisant leurs impacts négatifs et en soutenant des actions ayant un effet positif sur l’environnement ;
- renforçant et mobilisant les expertises locales, conformément aux engagements de localisation du Grand Bargain.
C’est dans ce contexte qu’il apparaît crucial de réaliser un état des lieux des démarches déjà engagées au sein du secteur de l’aide français. Une telle analyse doit permettre de mieux comprendre les avancées et les écarts entre organisations selon leur taille, leur mandat ou leur structuration. Elle vise également à identifier les bonnes pratiques, les manques et les besoins, tant au niveau opérationnel qu’organisationnel, afin d’alimenter des pistes de travail collectif.
Au-delà du diagnostic, l’enjeu est surtout de dégager des questions structurantes pour penser l’avenir du secteur.
Ce rapport, réalisé à partir d’entretiens avec des organisations françaises et de l’analyse de leurs documents stratégiques, propose une lecture transversale de cette mutation en cours. Il explore la manière dont les ONG intègrent l’adaptation climatique dans leurs politiques, leurs pratiques et leurs partenariats. Il met en lumière les innovations émergentes, les obstacles persistants et les tensions éthiques, politiques et opérationnelles qui traversent le secteur.
L’étude montre qu’au-delà des défis techniques, c’est bien le positionnement du secteur de l’aide qui se trouve interrogé : comment agir de manière juste, cohérente et efficace dans un monde à +2 °C ? Comment concilier neutralité humanitaire, responsabilité politique et justice climatique ? Et comment repenser les rapports de pouvoir et de solidarité pour permettre aux acteurs locaux d’en devenir les véritables moteurs ?
TROIS QUESTIONS STRUCTURANTES POUR L’AVENIR DU SECTEUR
- Comment redéfinir les rôles et les mandats des ONG dans un monde à +2 °C, en reconnaissant explicitement les limites de l’adaptation – y compris celles du secteur lui-même – et en en tirant les conséquences stratégiques ?
- Comment opérer un changement de prisme, d’approches verticales et sectorielles, vers un ancrage territorial des réponses climatiques, fondé sur un transfert réel de pouvoir, de ressources et de légitimité vers les acteurs locaux ?
- Comment concilier neutralité opérationnelle et responsabilité politique face aux injustices climatiques, afin de faire de la justice climatique une véritable boussole opérationnelle ?
L’adaptation au changement climatique : vers une transformation structurelle du secteur
Perception de la prise de conscience du secteur de l’aide face à l’urgence climatique
Les transformations en cours
Le rôle et la place des ONG dans un monde à +2°
La localisation dans l’adaptation au changement climatique
Réflexion sur le positionnement du secteur de l’aide face au changement climatique
Réalisé par
Chargée de recherche, d'évaluation et de formation - Adaptation