L’étude analyse la gestion de l’urgence humanitaire consécutive au passage du cyclone Chido à Mayotte autour de deux axes : la réponse institutionnelle et l’entraide. Cette recherche constitue une évolution notable pour le Groupe URD, qui applique pour la première fois sa grille de lecture à un territoire français, après trois décennies d’expertise hors Europe.
Les principaux résultats
- Une vulnérabilité systémique préexistante, amplifiée par la catastrophe : Le cyclone n’a pas créé la vulnérabilité de l’île : il a agi comme révélateur et amplificateur d’une crise chronique.
- Les limites d’un modèle de gestion de crise centralisé : conçus sur des modèles métropolitains, les outils de prévention se sont révélés inadaptés à l’ampleur de l’habitat informel et aux spécificités socioculturelles de l’île.
- La vitalité décisive de l’entraide citoyenne : l’entraide entre habitants s’est imposée comme la première réponse immédiate et vitale.
L’enseignement majeur de cette étude est qu’il n’est probablement pas possible pour un État de gérer seul une crise d’une telle complexité depuis une posture administrative à la fois isolée et verticale. Un changement de paradigme semble nécessaire. A la gouvernance verticale traditionnelle substituer une approche horizontale et partenariale, dans laquelle l’État n’a pas vocation à être sur tous les fronts, mais à savoir orchestrer et additionner les valeurs ajoutées de chacun (mairies, autorités coutumières, OSC et ONG).
La refondation de la réponse aux urgences à Mayotte devrait s’articuler autour de quatre axes majeurs :
- Institutionnaliser la mémoire et l’anticipation locale
- Adopter un pragmatisme réglementaire
- Garantir l’inconditionnalité de l’aide et l’accès universel
- Assumer une gouvernance hybride et partenariale
Au-delà de ces défis, Mayotte ne doit plus être regardée sous l’angle d’une périphérie en crise permanente, mais comme un laboratoire d’avant-garde de la résilience territoriale. Les leçons d’agilité tirées de cette catastrophe offrent une opportunité historique de moderniser le modèle français de gestion des catastrophes face aux défis climatiques contemporains. La condition sine qua non demeure toutefois la construction d’un climat de confiance entre les acteurs, aujourd’hui absent, et de véritables passerelles entre l’agilité citoyenne et les stratégies publiques de relèvement, sans que la remarquable résilience de la population serve d’alibi au désengagement de l’État.