Auteur(s)
Véronique de Geoffroy et Pablo Servigne
07/07/2026
Lorsqu’une crise survient – et d’autant plus que les secours sont débordés –, un phénomène massif et systématique émerge : les personnes touchées s’entraident spontanément. Soixante-dix ans de recherche le confirment, et pourtant il reste invisible dans les doctrines, les plans et les formations qui organisent la gestion de crise. Ce rapport le documente à partir de six études de terrain (La Roya, Tchad, Australie, Ukraine, Briançon, La Réunion) et six webinaires, ainsi que d’un corpus de près de 300 références académiques. Ses résultats principaux : l’entraide émerge toujours, quelque soit la crise ; elle précède les secours institutionnels ; elle peut prendre diverses formes en fonction du rapport des habitants aux institutions et de leur degré de préparation ; avec le temps, elle se structure, ou bien s’épuise, selon la qualité des liens préexistants entre habitants ainsi que de leur articulation avec les institutions. Ces dernières, quant à elles, en ne nommant pas ces phénomènes d'entraide, ne peuvent ni les voir ni les prévoir, ni même les mobiliser, et tendent donc à les marginaliser, ce qui mène à des situations délétères. Ce diagnostic conduit à une proposition : développer une véritable culture de l’entraide. Ce concept reposerait sur deux piliers cultivés en temps ordinaire : les liens et le sens partagé. La nouvelle posture que cela implique pour les institutions n’est ni le commandement ni le retrait, mais ce que nous appelons l’étayage, c’est-à-dire le soutien sans l’absorption. Pour les habitants, la culture de l’entraide oppose au récit du repli individuel un récit moins dangereux et plus conforme aux faits : face au danger partagé, les humains s’organisent vite, spontanément, et avec intelligence.Véronique de Geoffroy et Pablo Servigne