Auteur(s)

Valérie Léon

La situation actuelle des réfugiés maliens au Sahel : quelques pistes opérationnelles en situation d’urgence prolongée

Aujourd’hui, il est fort probable qu’une bonne partie des réfugiés maliens demeure dans les pays environnants (Burkina Faso, Mauritanie et Niger) dans des zones difficiles d’accès, arides, faiblement développées et sujettes à des crises alimentaires récurrentes (2005, 2010, 2012). Ces réfugiés maliens sont issus de divers groupes ethniques : majoritairement Touaregs, Songhais et Arabes1, mais également Haoussas, Peulhs et Bambaras.

Au cours de l’année 2014, les processus de retours se sont ralentis et les évènements récents au Mali ont généré de nouveaux mouvements de population2. Suite aux affrontements entre le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) et le gouvernement malien (dans la région de Kidal, mai 2014), les chefs réfugiés (notamment ceux du camp de Mbera en Mauritanie) réaffirmaient leurs réticences à l’idée de rentrer au pays, ce qu’ils exprimaient d’ailleurs depuis déjà plusieurs mois. Cette volonté de ne pas rentrer est fortement liée au processus de négociation en cours et à l’absence de garanties pour un retour sûr (sécurité, services basiques)3.

En résumé, le contexte humanitaire dans lequel se trouvent actuellement les réfugiés maliens est caractérisé par :

  • Une nature complexe et multifactorielle de la crise, générée par l’interaction des déficits alimentaires et des dynamiques de conflit.
  • La raréfaction des financements pour le Sahel.
  • La non-résolution du conflit et le manque d’institutions de gouvernance stables au Nord Mali, d’où un risque de prolongement de l’exil des réfugiés maliens.
  • Les signes toujours récurrents de l’imminence de nouvelles crises alimentaires dans certaines zones géographiques du Sahel.

De fait, les acteurs humanitaires se trouvent à la croisée de plusieurs problématiques, qui appellent des modalités d’intervention différentes :

  • La consolidation de la phase d’urgence et de la sécurité économique des populations réfugiées, dans une perspective de retour ou d’un prolongement de leur situation d’exil ;
  • Le renforcement de la résilience des populations, dans un contexte d’insécurité alimentaire chronique ;
  • La préparation de plans de contingence dans le cas d’un nouvel afflux de réfugiés maliens.

 

Faciliter des processus de retour et/ou l’intégration locale des réfugiés dans un objectif de recherche de solutions durables

A l’avenir, ces processus seront la plupart du temps dictés par les chefs de factions (d’où des possibilités de retours en « grappe » ou collectifs4), et donc liés au processus de négociation en cours. Les chefs réfugiés les plus politisés – ayant souvent expérimentés une période d’exil dans les années 1990 – insistent sur l’impossibilité d’un retour au Mali tant que les conditions de sécurité et un minimum de services de base (santé, éducation) ne seront pas rétablis au Nord Mali.

Selon l’évolution du contexte et des besoins, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) peut envisager des processus de « retour facilité ». Ainsi, lorsque les circonstances se sont avérées favorables (2e semestre 2013), le HCR s’est engagé sur la voie de la « facilitation » des retours spontanés5, en coordination avec le HCR Mali qui assure la relève en matière de protection et de programmes de réintégration (notamment des distributions de vivres)6.

Ceci dit, la mise en œuvre d’un tel programme risque de se confronter à plusieurs difficultés concrètes. En raison d’une présence limitée sur le terrain7 et de la prévalence de zones d’insécurité, le HCR pourra difficilement s’assurer de la protection des retournés, ne serait-ce qu’en les informant de la situation dans les régions de retour (sûreté, réhabilitation et fonctionnement des services de base…). Il sera aussi particulièrement ardu de mener un suivi des populations retournées et d’éviter d’éventuels mouvements pendulaires entre zones de retour et d’accueil alors que la situation sécuritaire peut se détériorer soudainement dans certaines poches localisées.

Selon le récent rapport de l’Union africaine (UA)8 et malgré l’accord de cessez-le-feu signé le 23 mai dernier9, la situation sécuritaire demeure marquée par la persistance d’incidents sécuritaires et la poursuite des attaques perpétrées par des groupes armés et terroristes encore actifs dans les trois régions du nord (Gao, Kidal et Tombouctou), notamment dans l’Adrar des Ifoghas, à l’extrême nord-est du pays. Aussi, de nombreuses attaques, des enlèvements de personnes, ainsi que des affrontements intercommunautaires, ont été signalés au cours des derniers mois.

Le rapport du Conseil de paix et de sécurité de l’UA relève d’autre part que « la dégradation continue de la situation politique et sécuritaire en Libye s’ajoute aux préoccupations sécuritaires dans la région ». Dans le même temps, les pays de la région poursuivent leurs efforts de renforcement de la coopération sécuritaire et d’opérationnalisation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS) dans la région sahélo-saharienne (processus de Nouakchott lancé par l’UA en mars 2013).

 

Préserver la coexistence pacifique, en générant des gains de développement pour les populations hôtes

En règle générale, la coexistence avec la population locale est jugée « excellente » par les chefs réfugiés, notamment parce qu’elle se fonde sur des affinités socio-culturelles, voire des liens familiaux.

Dans les environs des Zones d’Accueil des Réfugiés (ZAR) au Niger, la population locale bénéficie d‘un accès gratuit aux soins dans les structures de santé soutenues par le HCR à l’intérieur des zones d’accueil. Ceci a permis la cohabitation pacifique lors de la relocalisation des réfugiés (depuis des zones frontalières avec le Mali), tout comme d’autres projets de développement tels que la réhabilitation d’un forage, d’un barrage ou la mise en place d’un système d’adduction d’eau. En effet, il semblerait qu’un certain nombre de familles nomades de la région se soient « fixées » dans le village proche de la ZAR.

Néanmoins, dans certains contextes, la vulnérabilité chronique des populations locales pourrait bientôt révéler un dilemme de l’équité de l’aide et générer des mouvements de mécontentement, tels que ceux surgis au camp de Mbera en Mauritanie en 2012 et 2013, lors de l’enregistrement et de la désinscription d’une partie importante des personnes inscrites (incidents également liés au changement de mode de distribution).

Pour éviter de tels incidents, des efforts parallèles devraient être déployés pour contribuer au rétablissement et à la résilience des populations locales qui ont souffert de la précédente crise alimentaire de 2012 et demeurent chroniquement précaires. En effet, une imminente – ou prochaine – crise alimentaire ne peut jamais être totalement exclue étant donné la faible amélioration des indicateurs de malnutrition dans certaines poches géographiques10.

Dans les zones d’accueil, la présence des réfugiés et de leurs cheptels, parfois très importants, ainsi qu’une certaine « fixation » des populations locales, se combinent pour créer des pressions additionnelles sur les ressources naturelles (eau, pâturages…) qui risqueraient de générer des tensions à moyen terme.

Parmi les enjeux opérationnels, se trouvent donc l’approvisionnement en eau11, l’utilisation des pâturages et la gestion des ordures, à la fois pour les réfugiés et les populations locales. C’est pourquoi, plusieurs activités ont été réalisées dans et aux alentours des camps, telles que : la réhabilitation et la construction de forages, l’établissement et/ou le renforcement des comités de gestion de l’eau, les campagnes de sensibilisation à l’hygiène et de salubrité publique, etc.

Autour du camp de Mbera (Mauritanie) par exemple, la pression sur la ressource eau est particulièrement forte dans des zones (au-delà de 20 km du camp) où se trouvent quelques puits pastoraux et où se concentrent les cheptels mauritaniens et maliens, estimés respectivement à 35 000 et 180 000 (!) têtes12.

A l’avenir, les programmes d’aide devront viser une gestion intégrée et stratégique des ressources environnementales (eau et pâturage), basée sur une connaissance approfondie des pâturages et des nappes, et notamment leur localisation et leurs types de régénération, les droits fonciers et les systèmes de gestion sociale qui leur sont associés.

Au niveau national, et en concertation avec les agences des Nations unies et les autorités politiques, le HCR contribue à la formulation de plans d’action qui faciliteront la transition vers des solutions de moyen-long terme, ceci en visant la prévention des conflits et la cohabitation pacifique entre réfugiés, réinsérés et populations hôtes (souvent des éleveurs, comme la majorité des Touaregs maliens). Pour appuyer la mobilisation des fonds par les pays d’accueil, le HCR participe à une initiative régionale intitulée « Prévention des conflits et cohabitation pacifique », présentée à Nouakchott en avril 2014.

Dans l’optique de tels processus de retours (spontanés et facilités dans un premier temps), le HCR et ses partenaires soulignent l’importance des besoins des populations hôtes dans la mesure où ils ont accueilli les réfugiés et n’ont pas hésité à partager leurs faibles ressources, mais aussi parce qu’ils demeureront confrontés à des conditions d’existence difficiles dans cette région du Sahel (eau, sécurité alimentaire, santé et éducation).

Le HCR se trouve certainement à un moment charnière où la réponse d’urgence doit ouvrir des fenêtres vers des actions de moyen-long terme afin de renforcer la résilience. Ce mouvement de transition devra s’effectuer en étroite collaboration avec le gouvernement, les autorités régionales, les Services Techniques Décentralisés (STD) et les acteurs du développement.

En outre, dans le cadre de la stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel (SINUS, 2014-16)13 et du Plan de Réponse stratégique14, le HCR est très actif au sein du groupe Résilience15 afin de s’assurer que les réfugiés pourront bénéficier de ces programmes. Le processus de réflexion et de planification stratégique UNDAF16 arrive également en soutien aux gouvernements affectés par la crise des réfugiés maliens.

 

Semer les germes de la résilience de demain : éducation, sécurité économique et changements de comportements

Dans ces régions d’accueil chroniquement vulnérables au Sahel, il apparaît primordial de concevoir et de coordonner des programmes d’appui socio-économique, pour les réfugiés sur la voie du retour mais aussi pour les populations hôtes et réinsérées. Pour cela, diverses missions conjointes d’évaluation des besoins ont été mises en place courant 2014 afin d’identifier des secteurs d’intervention potentiels et prioritaires (au Niger et en Mauritanie).

De ce fait, si l’on adopte une optique de résilience et d’autosuffisance des populations, la présence des réfugiés peut être perçue comme un facteur de développement sur lequel appuyer les stratégies d’intervention de divers acteurs. Selon la JAM17 réalisée au Niger, leur présence a dynamisé les marchés autour de la ZAR Intekane et a considérablement développé la zone, ceci grâce à la nouvelle disponibilité en eau et en soins, mais aussi aux échanges favorisés par les réseaux touaregs entre le Mali et le Niger. Selon le préfet : « une ville est née ». De la même manière, l’afflux d’aide humanitaire a beaucoup stimulé les marchés et la région de Bassikounou à une période où le camp de Mbera était considéré comme la troisième ville de Mauritanie. Bien évidemment, ces phénomènes peuvent s’avérer transitoires en fonction des perspectives de retours (durables ou non) et des stratégies d’éclatement des factions touaregs qui se définissent parfois selon l’émergence de marchés locaux.

Sécurité alimentaire et économique

Les programmes d’assistance devraient se combiner à un appui aux capacités productives des réfugiés afin de soutenir leur autosuffisance.

Il existe d’ores et déjà une forte demande des réfugiés en faveur de programmes éducatifs, d’alphabétisation, de formation professionnelle et d’un appui aux activités génératrices de revenus (AGR)18, individuelles ou communautaires. Les AGR permettraient d’impliquer davantage les réfugiés dans la préparation des processus de retour, de rendre les investissements d’aide plus « durables » et de promouvoir à terme l’autonomisation économique et financière des retournés au Mali.

Soutenir l’autosuffisance des réfugiés permettrait de développer des potentiels économiques non exploités, tels que le commerce transfrontalier, véritable caractéristique et « avantage comparatif » de ces populations nomades (réfugiées et hôtes).

Pour le bénéfice à la fois des populations hôtes et réfugiées, une autre voie d’action intéressante concerne les programmes d’appui à l’élevage, avec ou sans abattage. L’achat d’animaux à quelques éleveurs sert à la distribution d’animaux vivants (pour l’élevage de petits ruminants) ou de nourriture pour certains bénéficiaires. En même temps, il constitue une injection de liquidités et stimule l’économie locale. En période de sécheresse à venir, les opérations de déstockage permettent de contrôler la taille des troupeaux en minimisant les risques de famine et de maladie pour les cheptels restants. Ce type d’activités peut être organisé en collaboration avec les services vétérinaires locaux (installation de zones d’abattage) et des coopératives de femmes pour la préparation de la viande séchée. L’expérience du CICR en la matière, au Mali et au Niger, est éclairante19.

En octroyant des moyens de production et une activité sociale à des personnes discriminées, les AGR ont aussi des effets positifs en matière de protection et d’équité de genre. En effet, les projets productifs minimisent le recours à des stratégies de survie nocives (ex. : travaux pénibles des femmes et des enfants sur les sites miniers et/ou prostitution). Ils favorisent également l’interaction sociale20, la prise de parole et de décision au sein des ménages et de la communauté.

Éducation

Dans le secteur de l’éducation dans les camps, les réalisations du HCR restent en-deçà des objectifs fixés. En avril 2014, les taux de scolarisation en primaire étaient estimés aux alentours de 50 % dans le camp de Tabareybarey au Niger, de 38 % dans le camp de Mbera en Mauritanie (mais seulement 15 % pour les 12-17 ans) et de 25 % dans le camp de Goudebo au Burkina Faso21.

Ceci s’explique par le faible degré de familiarité avec l’école des populations visées, qu’elles soient réfugiées ou locales. Par voie de conséquence, les capacités éducatives sont en général très faibles dans les zones de réception des réfugiés maliens. Pour ‘’apporter l’éducation dans les camps’’, tout a donc dû être construit en partant de zéro : de la construction des écoles, au recrutement et à la formation des enseignants, jusqu’à la sensibilisation des parents à l’importance de l’éducation et de la fréquentation régulière de l’école. Si cette stratégie d’action peut répondre en partie aux besoins de populations en exil, elle n’est pas adaptée pour autant à des populations pastorales et foncièrement nomades. Idéalement, des dispositifs mobiles d’éducation devraient être réfléchis et mis en place.

Au sein des populations réfugiées, les efforts du HCR et de ses partenaires opérationnels doivent être soutenus pour promouvoir la scolarisation des filles et des enfants issus des groupes discriminés (en particulier de Bellas22 et les familles « mixtes »23), ainsi que pour maintenir les enfants à l’école.
Actuellement, les possibilités de réinsertion ne sont pas suffisantes pour les enfants (10-11 ans) qui n’ont jamais été scolarisés, par exemple via des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle. Cette tranche d’âge requiert une attention particulière, car ils peuvent devenir la cible de recrutements forcés.

Selon divers interlocuteurs, un appui alimentaire est indispensable pour attirer et retenir des populations qui ne sont pour la plupart jamais allées à l’école et n’en perçoivent pas l’utilité malgré les sessions de sensibilisation.

L’implication des autorités nationales est parfois exemplaire, comme dans le cas du Burkina Faso où le MENA24 a affecté 22 enseignants titulaires, assurant les formations des enseignants et le suivi pédagogique. Ces efforts sont d’autant plus louables qu’il existait un déficit d’enseignants (407) pour la région du Sahel. Finalement, le plaidoyer exercé par le HCR s’est avéré fructueux, probablement en raison de la construction d’une importante école à Goudebo, qui pourra à l’avenir être utilisée par les villages hôtes, ainsi que de l’appui apporté aux écoles publiques de la région25.

Sensibilisation et changements de comportement

Certaines barrières sociales sont mentionnées comme limitant l’accès et l’impact des services communautaires fournis (en particulier la santé et l’éducation).

Bien que les résistances restent fortes, les opérateurs humanitaires observent néanmoins une certaine percée depuis 2013 puisque des sujets sensibles peuvent aujourd’hui être discutés dans les groupes de femmes et de jeunes (tels que la discrimination, le mariage précoce et ses conséquences, quelques cas de VSBG26, telles que le viol et l’exploitation sexuelle). Les sujets les plus délicats sont abordés en petits groupes restreints (MGF27, partage de l’aide par les basses castes, exploitation et recrutement forcé des enfants, etc.) ou au cours de la délivrance des services (notamment aux centres de santé).

Ces thèmes sont également pertinents pour les populations hôtes puisqu’elles partagent des modes de vie et des mœurs très proches de ceux de la majorité des réfugiés maliens (Touaregs).

L’expérience montre que beaucoup de sujets peuvent être abordés grâce à une présence régulière et une communication culturellement adaptée. Pour améliorer la détection et le suivi des cas, il est primordial d’établir une communication entre divers points focaux, qu’ils soient liés à une organisation partenaire (par exemple relais ou travailleur communautaire), au HCR (pré-entrevue lors de l’enregistrement) ou au poste de santé. A ce titre, la proximité culturelle du personnel travaillant auprès de la communauté est un atout inestimable.

Certains messages culturellement adaptés peuvent conduire à des cas isolés de changement de comportement et provoquer un effet « tâche d’huile » au sein de l’ensemble de la communauté.

Les opérateurs humanitaires signalaient récemment les situations suivantes : des pères décidant d’envoyer leurs filles à l’école plutôt que de les marier ; la préférence exprimée par des membres des castes « inférieures » pour la « réintégration locale » afin d’échapper au système hiérarchique. Un chef touareg révélait28 également que beaucoup de parents « retournés » regrettaient de ne pas avoir envoyé leurs enfants à l’école au camp car, de retour au Mali, ils constataient que cela les aurait aidés à trouver un emploi.

 

Conclusion

Les populations du nord Mali en sont à leur énième déplacement et même si l’exode est toujours une épreuve, ces populations pasteurs et nomades par excellence disposent d’un atout clé face aux aléas climatiques. Pourtant, l’incertitude politique, la peur des exactions et la non-reconnaissance de leurs demandes rendent à l’heure actuelle leurs retours difficiles.

La grande majorité des réfugiés maliens font de la résolution politique du conflit, du rétablissement de l’État de droit et des services de base les conditions de leur retour. Or, l’instabilité politique au Mali et les difficultés rencontrées pour apporter les garanties minimales d’un retour sûr et durable dessinent aujourd’hui la perspective d’un exil prolongé, voire d’une intégration locale des réfugiés dans des régions sahéliennes chroniquement vulnérables et toujours sujettes à une crise alimentaire.

Lier des solutions d’urgence, face à de nouveaux afflux possibles, à un soutien de moyen terme – à la fois auprès de populations réfugiées, réinsérées et locales – constitue le défi opérationnel actuel. Il exige d’éviter les distinctions usuelles (entre catégories de population, entre solutions d’urgence et de résilience, etc.) et des efforts de coordination plus soutenus entre acteurs humanitaires et de développement (partage des analyses de contexte, des vulnérabilités et complémentarité des actions). C’est le cas de l’initiative REGIS (financée par USAID), en cours de lancement au Niger et au Burkina Faso, qui pourrait prendre le relais d’un soutien aux populations affectées par la crise des réfugiés maliens.

Enfin, il serait souhaitable que la mobilisation des ressources des bailleurs s’adapte de manière plus systématique aux anticipations d’évolution du contexte et s’inscrive dans une logique de prévention, plutôt que de prise en charge des crises car l’adaptabilité des programmes aux évolutions de contexte reste un domaine où il existe de nombreuses marges d’amélioration.

 

Valérie Léon – Chargée de recherche et d’évaluation au Groupe URD

  1. Les derniers enregistrements individuels relevaient les répartitions suivantes au Niger (février 2014) : 79 % (Touaregs), 12 % (Songhais), 2 % (Arabes) ; et au Burkina Faso (juin 2014) : 77 % (Touaregs), Arabes (11 %), 2 % (Songhais). En juillet 2013, en Mauritanie, la majorité des réfugiés étaient Arabes (54%) et Touaregs (45%).
  2. http://unhcrniger.tumblr.com/post/92821414219/relocalisation-des-nouveaux-refugies-maliens-dagando-a
  3. Groupe URD, « Étude sur la gouvernance dans les zones à faible densité de population du nord-Mali », octobre 2013-février 2014. Cf. http://www.urd.org/fr/projet/la-gouvernance-dans-les-zones-a-faible-densite-de-population-du-nord-mali/
  4. Contrairement à un processus de retours individuels, « au compte-goutte ».
  5. Notamment en offrant un pécule financier pour le transport, de l’ordre de 70 USD.
  6. La Banque mondiale pourrait également apporter un soutien.
  7. Sur les questions d’espace humanitaire, le Groupe URD organisait une table ronde à Bamako en février 2014. http://www.urd.org/fr/publication/messages-cles-de-la-table-ronde-sur-lacces-et-lespace-humanitaire-au-mali-fevrier-2014/
  8. UA (2014), « Rapport sur le Mali et le Sahel et les activités de la mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel », Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), 11 août 2014.
  9. Aux termes de cet Accord, les mouvements armés qui occupaient la ville de Kidal (notamment le MNLA, le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad – HCUA, le Mouvement Arabe de l’Azawad – MAA) se sont engagés à cesser les hostilités, à participer aux pourparlers inclusifs, à libérer les éléments des forces de sécurité Maliennes (FDSM) et les civils qu’ils avaient fait prisonniers et à faciliter les opérations humanitaires. Quant aux pourparlers inclusifs de paix lancés à Alger, ils ont permis l’adoption d’une «Déclaration de cessation des hostilités» (24 juillet 2014), au même moment que celle de la Feuille de route des Pourparlers, afin de renforcer l’Accord de cessez-le-feu.
  10. En Mauritanie, les taux de malnutrition ont atteint 13,1 % (MAG) et 2,3 % (MAS) au cours de la période de soudure 2013 (été), soit des scores aussi faibles que durant l’année 2012 (Source : UNICEF Mauritanie, Rapport de situation mensuel, janvier 2014).
  11. Tout particulièrement durant la période sèche (mars-juin), en évitant la surexploitation des nappes.
  12. Ces chiffres sont probablement à actualiser (Source : SOS Désert).
  13. Celui-ci comporte 3 volets : Résilience, Sécurité et Gouvernance.
  14. Sur un total de 100 millions USD, l’appui aux retours et à l’intégration socio-économique (réintégration locale) s’élève à 25 millions USD. Actuellement, le taux de financement du plan de réponse stratégique est de 3 %.
  15. Plusieurs groupes de travail et d’initiatives au niveau sous-régional regroupent les représentants des institutions gouvernementales, des agences des Nations unies, des ONG, des bailleurs de fonds et des autres parties prenantes. Ils constituent des forums d’échange d’information, d’analyse de la situation ainsi que de coordination pour la préparation et la réponse aux crises. En dehors du thème de la Résilience, on trouve également des groupes de travail sur ceux de la sécurité alimentaire et de la nutrition, de la préparation et de la réponse aux situations d’urgence, de la réduction des risques de catastrophes et de la crise malienne (Mali+).
  16. UNDAF : Plan des Nations Unies pour l’Assistance au Développement.
  17. JAM : Joint Assessment Mission PAM/HCR, septembre 2013.
  18. Parmi les activités menées avec succès, on peut citer l’artisanat (maroquinerie, bijouterie), l’élevage et le recyclage de sacs plastique.
  19. Cf. http://www.irinnews.org/printreport.aspx?reportid=90566
  20. Hormis l’activité et les relations sociales qu’ils génèrent, les groupements productifs (jardins collectifs, coopérative d’artisans ou de femmes…) peuvent mettre en place des fonds de solidarité qui viennent en aide aux membres en cas de difficulté ponctuelle.
  21. Ces indicateurs devaient être précisés après les opérations d’enregistrement via la biométrie actuellement en cours. Un possible sur-enregistrement d’enfants pourrait exercer un effet à la baisse sur ces taux.
  22. La société touarègue actuelle se fonde toujours sur une hiérarchie socio-politique rigide qui distingue plusieurs catégories : nobles (inzajeghen), tributaires (imghad), religieux (ineslemen), serfs ou anciens serfs (iklan ou Bella selon la terminologie songhay).
  23. Le terme de famille « mixte » se réfère aux cas d’enfants qui ont été donnés à une autre famille, généralement d’une caste supérieure, pour travailler auprès d’eux.
  24. MENA : ministère de l’Éducation Nationale.
  25. 48 salles de classe ont été construites pour le bénéfice des réfugiés, qu’ils se trouvent dans le camp de Goudebo ou « hors-camp ». De plus, une dizaine de salles de classe ont été construites en appui aux écoles publiques de la région.
  26. VSBG : Violences Sexuelles et Basées sur le Genre.
  27. MGF : Mutilations Génitales Féminines. Celles-ci ne sont toujours pas abordées aisément. Dans le camp de Mbera en Mauritanie, il semblerait que dans certains cercles très restreints, des discussions puissent s’initier.
  28. Camp de Goudebou au Burkina Faso.

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