Auteur(s)

Samira Habiba Abdoulaye

En tant que partenaire de mise en œuvre du projet RESILAC, notre organisation de la société civile AJED-MR (Association des Jeunes pour le Développement du Monde Rural) a été mandatée pour réaliser les activités du pilier 2 relatif au redressement économique avec deux partenaires : Action contre la Faim (ACF) sur le volet « Sécurité alimentaire et moyens d’existence » (mise en place des Champs Écoles Paysan et des banques céréalières, restauration des terres dégradées… : activités menées selon l’approche transférée par ACF, à savoir l’utilisation de techniques innovantes respectueuses de l’environnement ou agro-écologie) et CARE sur le volet « Insertion socioéconomique » avec la mise en place des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), la formation de jeunes dans les filières porteuses de leur choix et l’appui à la mise en œuvre de leurs microprojets, et enfin l’appui au soutien des chaînes de valeur.

 

Un partenariat différent des précédents

En premier lieu, le projet RESILAC nous a offert l’opportunité d’une véritable collaboration avec ACF et CARE en ce sens que, en plus du transfert effectif d’une grande série d’activités avec un cadre de performance bien spécifique (un ensemble d’activités explicitées dévolu aux organisations de la société civile (OSC) dont les résultats attendus font l’objet d’une évaluation chaque année), nous avons bénéficié de plusieurs sessions de renforcement de capacités techniques en lien avec les activités transférées pour l’amélioration de la qualité de nos interventions (formation technique en lien avec les activités transférées telles que la mise en place des AVEC, le processus d’insertion socioéconomique des jeunes, l’intégration du genre, les pratiques agro-écologiques ainsi que des thématiques comme les procédures financières des bailleurs de fonds et des partenaires (ACF et CARE), la redevabilité, ou encore les principes humanitaires). Le pilier 3 relatif au renforcement institutionnel a par ailleurs permis de réaliser un diagnostic organisationnel de l’AJED-MR  au début de la collaboration avec ACF et CARE. Cette démarche a fait ressortir les forces, faiblesses et insuffisances organisationnelles et a donné lieu à un Plan de Renforcement de Capacités, doté d’un suivi de la mise en œuvre des actions et prévoyant une évaluation annuelle du niveau de mise en œuvre des actions. Cet appui a notamment permis de découvrir les procédures des bailleurs et des partenaires (CARE et ACF), d’améliorer les outils comptables et d’élaborer un plan stratégique définissant les aspirations de l’organisation. Enfin, l’implication de l’organisation au niveau stratégique et décisionnel lors des rencontres de concertation du projet RESILAC était une nouveauté en termes de partenariat, de même que le partage des informations clés. En effet, les précédents partenariats avec des organisations internationales se limitaient essentiellement aux réunions de suivi des activités réalisées. Or, avec ACF et CARE, les OSC prennent part aux réunions de cadrage plus stratégiques et non plus seulement opérationnels. De même, les informations relatives au plaidoyer et à la sécurité sont partagées. Tous ces éléments ont permis d’améliorer la qualité des interventions auprès des populations ainsi que la visibilité des actions et du projet RESILAC de manière générale. Enfin, les OSC ont gagné en crédibilité auprès des populations, mais aussi auprès des différentes autorités traditionnelles, religieuses, communales et administratives, par exemple à travers le transfert du volet formation technique des jeunes aux OSC qui a permis de signer un contrat avec les services déconcentrés de l’État, et donc de créer du réseautage et du lien entre la société civile et l’État.

 

Les difficultés rencontrées dans le cadre de ce partenariat

La nouveauté de ce type de partenariat pour notre organisation a généré plusieurs incompréhensions au lancement du projet, notamment au niveau de l’approche, parce que nous étions beaucoup plus habitués au style de partenariat dirigiste où les termes de références des activités doivent être validés par les partenaires chefs de file avant mise en œuvre. Cette approche de co-construction du projet RESILAC avec l’autonomie des partenaires de mise en œuvre était d’ailleurs nouvelle pour le personnel des OSC comme pour celui d’ACF et de CARE. Nous avons également déploré quelques conflits d’agenda dans la planification conjointe des activités avec les deux partenaires chefs de file. Ces incompréhensions ont toutefois été résolues grâce à des réunions de mise au point qui ont permis à toutes les parties d’assimiler l’approche et d’améliorer la communication. Par ailleurs, les OSC ont rencontré certaines difficultés pour suivre les procédures différentes d’ACF et CARE. En effet, même s’il s’agissait en théorie d’une seule convention signée avec les deux partenaires, les procédures administratives et financières différaient selon l’un ou l’autre au niveau des activités transférées (par exemple, deux rapports financiers mensuels distincts étaient rédigés de manière à respecter les procédures de chacun pour un même projet).

 

Quelques pistes d’amélioration pour les partenariats avec des organisations de solidarité internationale 

Il me semblerait pertinent d’impliquer les organisations de la société civile et/ou les organisations locales depuis la conception du projet afin de leur permettre d’acquérir plus d’expérience en matière de partenariat. Ainsi, les OSC pourraient être co-demandeuses avec les organisations internationales et pas seulement sollicitées lors de la mise en œuvre des activités. De plus, il serait intéressant que les organisations internationales partenaires harmonisent leurs procédures dans le cadre spécifique d’un partenariat de manière à optimiser leur assimilation par les OSC partenaires. Vis-à-vis des partenariats avec les organisations de solidarité internationale de manière générale, l’approche expérimentée par le projet RESILAC semble judicieuse en ce sens que, en plus de renforcer les capacités techniques et organisationnelles des organisations locales, elle se traduit par un véritable transfert d’activités clés avec budget qui permet aux OSC de grandir et d’améliorer la qualité de leurs interventions auprès des populations dont elles sont les plus proches. Ce transfert effectif des activités avec renforcement de capacités permet aux OSC partenaires d’acquérir des expertises nouvelles et plus poussées dans les différentes thématiques, par exemple en matière d’agro-écologie. Le partenariat avec ACF et CARE a également permis aux OSC partenaires d’acquérir différents outils et compétences dans les domaines suivants : le diagramme d’évaluation organisationnel, le développement d’un plan stratégique sur dix ans, le montage de projet et la recherche de financement. Ces différents éléments permettent aux OSC de s’autonomiser et amélioreront la qualité de leurs prochains partenariats. Par ailleurs, grâce à la mise en relation avec les communes et les services déconcentrés de l’État, le projet RESILAC a ouvert la porte à d’autres types de partenariat à plus long terme. Enfin, grâce à la mise en place d’un plan de renforcement de capacités dont les actions ne sont pas essentiellement financées par ACF ou CARE, certaines actions ont été portées par les OSC elles-mêmes.

 

Samira Habiba Abdoulaye est cheffe de projet RESILAC au sein d’AJED-MR.

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p. 44-47.