Auteur

François Grünewald & Anne Burlat

Profil des risques au Népal

Le Népal est l’un des vingt pays les plus sujets à des catastrophes naturelles dans le monde et il a connu de nombreuses crises durant les vingt dernières années, y compris une guerre civile sanglante et des catastrophes naturelles régulières de différents types (inondations, glissements de terrain, séismes, tempêtes de vent et de grêle, incendies, vidanges brutales de lacs glaciaires et avalanches). Sur 200 pays, le Népal est classé respectivement 11e et 30e en matière de vulnérabilité relative aux tremblements de terre et aux inondations (PNUD/BCPR, 2004). La vulnérabilité physique du Népal est très élevée en raison de la présence de nombreux bâtiments et infrastructures construits sans la moindre référence à des techniques résistant aux aléas.

Katmandou, le district le plus peuplé du Népal, a fait depuis de nombreuses années l’objet d’une attention particulière en matière de « préparation aux séismes ». Sur les 21 villes dans le monde situées dans des zones sismiques similaires, Katmandou est celle qui encourt le plus de dangers au niveau de l’impact sur les populations. En outre, le développement urbain rapide et désorganisé – qui se traduit notamment par la non-conformité au Code de construction, la non-utilisation d’ingénieurs qualifiés ou de maçons formés, l’empiètement de bâtiments sur des espaces ouverts et la diminution de la nappe phréatique – augmente fortement la vulnérabilité. Les infrastructures et les services de base de Katmandou sont également extrêmement vulnérables.

Pour autant, en raison de son positionnement sur les pentes de la chaîne de l’Himalaya, la partie rurale du Népal a également été une priorité pour ceux qui s’emploient à réduire les risques de catastrophes (RRC), avec plusieurs bailleurs (ECHO, DFID, OFDA, etc.) qui ont investi des sommes considérables dans le développement des capacités en matière de réduction et de gestion des risques, notamment à travers un programme phare, le Nepal Risk Reduction Consortium (NRRC), qui réunit des agences des Nations unies et d’autres acteurs du RRC1 pour travailler sur la préparation aux séismes et aux inondations. Des activités spécifiques ont été réalisées pour rendre le système de santé résilient aux chocs et capable de rester opérationnel pour fournir des services de santé de tout type après une catastrophe naturelle de fort impact. Les programmes mis en œuvre ont impliqué des programmes de gestion des risques au niveau communautaire (Community Based Disaster Risk Reduction ou CBDRR) en zones urbaines et rurales, et un certain nombre de programmes spécifiques financés par USAID, DFID et DG ECHO ont cherché à garantir que les services de santé fonctionneraient si un séisme de fort impact frappait la vallée de Katmandou et d’autres parties du pays.

Le Népal a été l’un des premiers pays d’Asie du Sud à mettre en place des lois et des politiques relatives à la gestion des risques de catastrophes (Natural Calamity Relief Act de 1982). Ce document fait officiellement de la réponse aux catastrophes une responsabilité gouvernementale qui oblige l’État à porter secours aux victimes des catastrophes. De plus, il désigne aux niveaux central et du district les autorités chargées de coordonner les efforts de sauvetage et de secours des diverses agences de réponse. Malgré cela, l’expérience des trois dernières décennies a démontré que cette structure est seulement capable de coordonner des catastrophes de petite ou moyenne ampleur.

Tirant les leçons du dévastateur tremblement de terre d’Udayapur (1988), le gouvernement népalais a commencé à élaborer le Code de construction national du Népal (finalisé en 1994) et a réalisé plusieurs études. Ce Code de construction comprenait des dispositions pour que les bâtiments soient construits selon les normes de résistance aux séismes, et traitait non seulement les problèmes de bâtiments conçus par des ingénieurs mais aussi de maisons dans les zones rurales, semi-urbaines et urbaines qui sont le plus souvent construites sans les apports d’un personnel qualifié en matière de construction parasismique. Toutefois, ce Code de construction n’a pas été appliqué de façon immédiate. Le gouvernement a seulement décidé de le rendre conforme au Code de construction obligatoire pour tous les bâtiments gouvernementaux (2003) et encouragé sa mise en œuvre dans toutes les zones municipales. La plupart des experts considèrent qu’il n’est pas encore appliqué par les municipalités qui n’ont pas les capacités pour cela.

 

Le tremblement de terre

Samedi 25 avril 2015, vers midi, le Népal a été frappé par un séisme de magnitude 7,8 dont l’épicentre était situé à 81 km au nord-ouest de la capitale népalaise, Katmandou, à une profondeur de 15 km. Ce n’était pas le « grand » tremblement de terre que tout le monde craignait et il a frappé les zones rurales plutôt que les villes. De nombreuses personnes ont dormi dehors pendant quelques nuits, mais les grands champs où l’OIM et OXFAM ont installé des équipements étaient largement sous-utilisés. On a constaté moins de destructions dans la vallée de Katmandou qu’on avait pu le craindre, et la plupart des personnes ont préféré rester dans leur quartier pour protéger leurs affaires et demeurer aux côtés de leurs amis et parents.

Après quelques répliques, une nouvelle secousse importante de magnitude 7,3 a affecté une autre zone à l’ouest de Katmandou le 12 mai 2016. Celle-ci a causé des dégâts supplémentaires et augmenté les niveaux de peur et d’anxiété. Les répliques se sont poursuivies pendant plusieurs mois. Au total, on estime qu’environ 8 millions de personnes ont été affectées.

Fort heureusement, l’aéroport n’a pas été endommagé et est demeuré opérationnel bien que rapidement saturé. La plupart des infrastructures critiques de la ville sont restées plus ou moins fonctionnelles, notamment les télécommunications, l’électricité et l’eau, avec seulement de courtes perturbations. Aucun incendie majeur n’a été à déplorer alors que ceux-ci sont souvent causés par des tremblements de terre en milieu urbain.

Le 3 juin 2015, le gouvernement du Népal a signalé un total de 505.745 maisons détruites et 279.330 maisons endommagées par le séisme de magnitude 7,8 du 25 avril 2015 et de magnitude 7,3 du 12 mai 2015. Les tremblements de terre ont tué 8.702 personnes et blessé des milliers d’autres.

Il est ici important de clarifier certaines caractéristiques saillantes de la situation :

  • Les mois d’avril et mai ne sont pas une période froide même si la météo s’est avérée être une vraie problématique pour les villages de haute altitude qui ont été affectés ;
  • Les événements se sont produits avant la saison des pluies lorsque l’accès est encore relativement aisé. Le transport des personnes et des biens est devenu beaucoup plus compliqué lorsque la mousson a débuté. On a alors dénombré de fréquents glissements de terrain dans les zones où le substrat géologique a été affaibli par des séries de secousses ;
  • La majorité des personnes ont essayé d’éviter de rester trop longtemps dans les camps de tentes, les quittant dès qu’elles pouvaient trouver un abri auprès de parents. Très peu de camps ont été mis en place dans les districts bien que des groupes d’abris temporaires aient été installés. Dans la plupart des cas, ceux-ci étaient implantés très près des anciennes maisons, voire sur les mêmes sites ;
  • La situation est devenue beaucoup plus compliquée lorsque la situation politique à la frontière indienne a rendu difficile l’importation de certains biens. Le carburant et de nombreux autres biens de consommation prioritaires sont aujourd’hui disponibles de façon très limitée ;
  • Transporter de l’aide et des matériaux de reconstruction, de même que voyager vers et depuis le terrain pour la rotation du personnel et le suivi, dépendent désormais de la capacité à obtenir du carburant sur le marché noir… ;
  • Plusieurs événements politiques ont eu lieu durant la période qui a suivi le tremblement de terre et contribué à ralentir des processus clés comme la création de l’Autorité nationale de reconstruction, la promulgation du Code de reconstruction, etc.
  • Les séismes se sont produits au moment où la récolte était dans les greniers et où les graines étaient stockées dans les maisons. A cause des dégâts survenus dans les zones rurales, de nombreux actifs agricoles ont été perdus.

 

La réponse initiale aux séismes de 2015 : réussites et défaillances

La réponse nationale

Malgré ses nombreuses faiblesses structurelles et institutionnelles mais aussi ses moyens limités, le gouvernement népalais a réagi assez rapidement. Le séisme ayant eu lieu un samedi à midi, durant le seul jour de congé de la semaine, tous les bureaux étaient fermés et le personnel clé impliqué dans la réponse a dû se ruer sur son lieu de travail. Les institutions nationales ont réagi aussi bien qu’elle le pouvait étant donné le contexte, avec l’activation immédiate du Centre national des opérations d’urgence (National Emergency Operation Centre, NEOC) mais aussi la mobilisation des forces armées népalaises (qui comprend les « équipes spéciales de réponse ») et la Croix-Rouge népalaise. La catastrophe a principalement affecté les zones rurales bien que plusieurs centres urbains, dont Katmandou, aient également été lourdement touchés et qu’il y ait eu plusieurs répliques, dont une particulièrement forte dans une autre région. Cette situation a continué après la deuxième réplique importante qui s’est produite dans la zone de Sindupalchock. Pour répondre à cette situation, le gouvernement a mobilisé l’ensemble de ses capacités logistiques, notamment sa flotte d’hélicoptères militaires qui a déployé le personnel national (et rapidement des équipes internationales) dans des zones reculées. Malgré cela, de nombreuses zones sont restées accessibles uniquement à pied en raison du grand nombre de glissements de terrain causés par l’affaiblissement des couches géologiques.

La forte position institutionnelle des autorités du district a aidé au niveau du transfert de l’information jusqu’au niveau central et, à la mi-mai, le gouvernement a annoncé que 14 des 75 districts népalais avaient été sévèrement touchés. Malgré cela, l’engagement des officiers en chef des districts et des responsables du développement local – qui rendent compte respectivement au ministère du Développement Local (MoFALD) et au ministère de l’Intérieur (MoHA) – est inégal, comme l’était leur capacité interne à coordonner le système de l’aide. Ils ont néanmoins joué un rôle clé dans la réponse humanitaire et dans les phases de relèvement.

En tant qu’auxiliaire des autorités publiques, la Société de la Croix-Rouge népalaise (NCRS) a rapidement activé son Centre des opérations d’urgence et mobilisé ses ressources, notamment un grand nombre de volontaires dans les sections et divisions des districts. Les équipes légères UISAR présentes dans les différentes sections et divisions de la NRCS ont été mobilisées dans l’après-midi du 25 avril et ont immédiatement commencé à travailler.

Enfin, le gouvernement a mis en place un système d’allocation de l’aide financière aux victimes de tremblements de terre de façon à ce qu’elles puissent commencer à reconstruire leurs installations de base. Cette allocation initiale en espèces a permis à de nombreuses familles affectées de rembourser leurs dettes.

La réponse internationale

Une préoccupation majeure de la communauté de l’aide a été de ne pas répéter les erreurs commises en Haïti après le séisme (l’expression « Haïti is the Bogey man » a souvent été entendue)2.

Les interventions de recherche et de sauvetage

L’UNDAC a rapidement déployé un fort contingent via son mécanisme de coordination en ligne (Virtual- Onsite Operations Coordination Centre ou V-OSOCC) disponible sur le site Internet GDACS (OCHA) et mis en place un OSOCC à Katmandou, un Centre d’accueil et de répartition (RDC) et une Base des opérations (BoO) pour coordonner la logistique relative aux déplacements sur le terrain. De nombreuses équipes USAR sont arrivées au Népal dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre avec une efficacité et un impact variés comme le montre le tableau présenté dans l’annexe n°3 (fourni par le NEOC).

Le 27 avril, le gouvernement népalais a décidé que les équipes nationales SAR étaient suffisamment nombreuses pour répondre aux besoins restants et a annoncé la fin de la phase internationale des équipes USAR au 3 mai. Il a également demandé à toutes les équipes USAR étrangères de quitter le pays car il lançait la transition des activités d’urgence vers celles de relèvement précoce. Aucune équipe internationale supplémentaire n’a été appelée pour répondre à la réplique de mai car plusieurs équipes étaient toujours présentes dans le pays.

La réponse en matière de santé

L’OMS ayant demandé de l’assistance, de nombreux pays et organisations ont envoyé des équipes médicales étrangères (FMT) pour venir en aide au Népal en ce qui concerne des services médicaux comme la chirurgie, les cliniques mobiles, l’orthopédie, la gynécologie, l’obstétrique et la psychiatrie. Très rapidement, les FMT basées à Katmandou ont réalisé que les capacités nationales en matière de santé étaient relativement importantes et bien préparées, et de ce fait capables de faire face aux besoins alors qu’il existait des besoins beaucoup plus importants dans les zones rurales. Malgré les efforts du Centre de coordination des opérations médicales d’Urgence (Health Emergency Operation Center ou HEOC), la coordination des acteurs de la santé sur le terrain s’est avérée beaucoup plus compliquée. Une grande partie de la réponse dans les zones rurales s’est en effet limitée à des lieux facilement accessibles, générant parfois saturation et duplication, alors que de nombreuses zones présentant des besoins ne recevaient aucune assistance. Certains villages ont reçu la visite de différentes équipes d’évaluation, parfois même trois équipes de diagnostic sanitaire, qui n’avaient pas coordonné leurs visites.

Abris et biens non alimentaires

Avec de nombreuses maisons partiellement ou totalement détruites et l’arrivée rapide de la saison des moussons, la distribution des matériaux basiques de construction et de biens non alimentaires a été vue comme une priorité. L’idée initiale était de supprimer la « phase » des bâches et de passer directement à la distribution des tôles ondulées (CGIS) de manière à limiter les distributions complexes et consommatrices de temps ainsi que les processus associés (identification, inscription, ciblage, distribution, suivi post-distribution). Malgré cela, en raison de la pénurie des stocks locaux et de problèmes de négociation avec le gouvernement népalais en ce qui concerne l’importation sans taxe des CGIS, les organisations humanitaires ont dû avoir recours à des distributions de bâches, ce qui a généré des retards, des coûts supplémentaires et beaucoup de frustration parmi la population. Les distributions de biens non alimentaires ont également été retardées par la saturation de l’aéroport, les difficultés relatives aux procédures douanières népalaises et les longues attentes à la frontière indo-népalaise. Les stocks d’urgence pré-positionnés (biens non alimentaires, eau-assainissement-hygiène, bâches) ont été rapidement répartis au sein de 14 espaces à ciel ouvert, identifiés au préalable, où une partie de la population s’était installée durant les premières nuits.

La sécurité alimentaire et la sécurité économique

La sécurité alimentaire a été évaluée comme relativement précaire dans plusieurs zones. La FAO et plusieurs ONG ont fourni une assistance à des familles qui avaient perdu des animaux de trait, des bufflonnes, des graines et des équipements. Même si l’aide alimentaire a été largement utilisée pendant le secours d’urgence, une vaste réponse monétaire a également eu lieu. Cela a généralement pris la forme de transferts d’espèces sans conditions auprès de personnes en mesure d’utiliser cet argent comme ils le voulaient.

Enlèvement des débris

Un enlèvement des débris digne de ce nom est essentiel pour revenir à un certain niveau de normalité et, avant toute chose, pour permettre aux personnes de se déplacer. Dans les zones rurales, cela s’est avéré relativement simple car la quantité de débris était assez réduite (lorsqu’il n’y a pas eu de débris supplémentaires causés par un glissement de terrain) et pouvait être entreposée à proximité, même si certaines difficultés se sont parfois ajoutées car certaines zones étaient en pente. De plus, des abris temporaires ont souvent été construits près des maisons détruites, et les débris jetés dans les rizières voisines. Dans les centres urbains, la quantité de débris était beaucoup plus importante, le transport et le stockage étaient beaucoup plus complexes et un nombre bien supérieur de questions techniques était soulevé. De ce fait, l’enlèvement des débris a pris plus de temps et de nombreuses zones n’étaient toujours pas nettoyées des mois après les secousses. La démolition des maisons gravement endommagées et l’enlèvement des débris sont des travaux dangereux qui requièrent par conséquent de l’attention et une supervision. C’est ainsi toute la chaîne d’enlèvement qui doit être prise en compte comme un système global comprenant différentes chaînes d’actions : le cours normal des événements impliquerait l’enlèvement des débris sur site jusqu’au point principal de dépôt, puis le transport vers un point secondaire de stockage et enfin jusqu’au point de stockage final. Or, cela a été rendu très difficile et coûteux en raison de la topographie et de la perturbation fréquente des transports à cause des glissements de terrain. Lorsque cela est faisable, une utilisation sur site (stabilisation de terrain, terrassement, réparation de route, etc.) demeure une très bonne solution.

La coordination internationale

Le bureau d’OCHA au Népal a été fermé durant une période et n’a pas réouvert immédiatement après le tremblement de terre du 25 avril. A la place, un fort dispositif d’intervention a été déployé par le bureau régional d’OCHA basé à Bangkok pour soutenir le bureau du Coordinateur résident (RC-HC). Trois hubs ont été ouverts puis fermés fin septembre, cinq mois après que le gouvernement népalais a décidé que la période humanitaire était terminée, OCHA fermant son bureau fin 2015 alors que la situation était toujours très précaire et très imprévisible.

La transition vers le développement

Le 25 juin, le gouvernement a décidé de mettre en place « une autorité de reconstruction nationale de haut niveau » (NRA) sous l’autorité du Premier ministre afin de reconstruire le pays de façon durable et planifiée. Le gouvernement népalais a déclaré que la phase humanitaire était terminée et que, de ce fait, les fonds alloués au relèvement devraient passer par les ministères. De nombreux bailleurs, des agences des Nations unies et des ONG n’étaient pas tout à fait d’accord avec ce processus, en raison des risques qui pesaient sur l’intégrité de l’aide. Par ailleurs, ces mêmes acteurs attendent toujours que les politiques opérationnelles soient formulées et que les procédures de reconstruction soient finalisées, en particulier dans le secteur de l’habitat.

La transition vers le relèvement s’est avérée difficile à cause des problèmes causés par la situation politique du Népal. La réforme constitutionnelle fédéraliste qui a été mise en œuvre a donné lieu à un débat animé en ce qui concerne le nombre de nouvelles entités à créer et a créé des tensions à la frontière népalo-indienne dans la zone de Madesh (région du Terai). A cause de cela, l’importation de biens de consommation, de produits alimentaires et de carburant de l’Inde voisine est devenue difficile. Cette situation a induit une forte hausse du prix des matériaux de construction et du transport, rendant la reconstruction extrêmement coûteuse pour les individus et pour les organismes d’aide. 8 mois après le séisme, de nombreuses zones isolées étaient toujours en ruines ou avaient été reconstruites de façon très rudimentaire car les habitants ne pouvaient pas se permettre de « reconstruire de façon plus sûre ».

 

Leçons apprises et zones à améliorer

  1. Clarifier les politiques et les rôles des ministères compétentLa Loi de gestion des catastrophes naturelles (Disaster Management Act) n’étant pas encore approuvée par l’Assemblée, le cadre légal pour les organisations nationales et internationales demeurait plutôt faible, et des solutions ad-hoc devaient constamment être trouvées. Cela a causé des difficultés au niveau de la gestion de la réponse et a induit le fonctionnement en parallèle d’une grande diversité de méthodes de mise en œuvre, ce qui a créé des problèmes.
    Par conséquent, la nouvelle Loi de gestion des catastrophes naturelles doit être rapidement adoptée car elle comblera un vide dans la définition des politiques, ainsi qu’au niveau de la préparation et de la supervision de la mise en œuvre des lignes directrices. Ces politiques devront être révisées régulièrement de façon à être aussi pratiques que possible.
  2. Améliorer la communication avec les populations affectéesAu Népal, où le contexte politique hérité de la décennie de guerre civile et du processus de paix est très complexe, la distribution de l’aide est fortement impactée par les facteurs politiques. Les acteurs et bailleurs de l’aide peuvent voir le ciblage comme un processus vertueux, mais au Népal, il est socialement rejeté dans le meilleur des cas et, dans le pire, manipulé à des fins politiques ou pour favoriser une faction politique ou ethnique en particulier. Il est ainsi nécessaire, soit de mettre en œuvre une procédure extrêmement complexe, et souvent coûteuse et chronophage, soit d’engager un dialogue approfondi et élargi avec des personnalités locales influentes, des meneurs sociaux et des activistes locaux pour désamorcer toute bombe à retardement potentielle en ce qui concerne les systèmes de ciblage non acceptés. Les populations affectées n’étaient pas assez informées de ce qu’elles pouvaient attendre des organismes d’aide, d’où elles pouvaient obtenir une aide d’urgence et médicale, etc. Bien que les organisations aient commencé à utiliser des réseaux sociaux, des radios locales et d’autres mécanismes pour communiquer avec les populations affectées, de nombreuses personnes interrogées ont eu l’impression que ces moyens ont été insuffisamment utilisés pour donner de l’information sur les programmes, expliquer les procédures de sélection, contrecarrer les rumeurs et prévenir les manipulations politiques.
    Investir dans la communication pour mettre en place un dialogue plus actif avec les populations affectées reste une priorité.

  3. Développer un code de construction pour l’habitat ruralAlors que la construction urbaine est fortement standardisée, utilisant des poutres en béton, des blocs de ciment et des techniques spéciales de modernisation qui intègrent les technologies parasismiques existantes, le Code de construction existant dans les zones rurales n’est pas mis en œuvre de façon adéquate et l’on y trouve un grand nombre de maisons auto-construites. De ce fait, les villages ont subi beaucoup de dégâts et connu un grand nombre de victimes. En outre, de nombreuses zones étaient déjà sujettes aux glissements de terrain, situation qui s’est encore aggravée avec les secousses de 2015.
    Il est primordial d’ajuster le Code de construction au contexte rural et de garantir que tous les codes de construction seront mis en œuvre dans les zones urbaines, péri-urbaines et rurales.

     

  4. Renforcer les capacités nationales en matière de recherche et de sauvetageDans le cadre des catastrophes urbaines de grande échelle, la vitesse à laquelle vous êtes capable de sortir les personnes des décombres constitue un facteur de réussite clé d’une réponse d’urgence.
    Le développement et le renforcement des capacités nationales en matière de sauvetage et d’urgence devront être une priorité. L’armée népalaise, mais aussi la police et les pompiers, devront être formés de manière à pouvoir agir en tant que capacité de sauvetage de niveau intermédiaire.

     

  5. Améliorer la coordination du soutien à l’aide d’urgence internationale durant la phase initialeLes tout premiers jours qui suivent une catastrophe sont souvent très compliqués en raison de l’arrivée de très nombreuses équipes et d’organisations d’urgence qui ne sont pas nécessairement bien équipées ou préparées. Les autorités nationales ont souvent du mal à savoir ce qu’elles doivent attendre (en nature et en nombre) de ces organisations.
    Lorsque le Népal demandera un nouvel appui international, il sera important de garantir que les acteurs entrants auront une bien meilleure compréhension du contexte et des besoins existants, ainsi que des lacunes à combler de manière à orienter le flux de l’aide vers les besoins réels.

    La coordination des produits fournis aux victimes des catastrophes a été faible, et de nombreuses organisations privées ont apporté des produits inappropriés.
    La liste des produits à fournir aux victimes de catastrophes devra être décidée à l’avance et de façon coordonnée par toutes les parties prenantes. Des procédures de déduction fiscale devront être définies en fonction des décisions prises.

     

  6. Améliorer l’accès aux zones isoléesParce que le tremblement de terre a affecté des régions montagneuses et vallonnées, de nombreuses demandes ont été faites pour obtenir des hélicoptères. L’armée nationale a fourni les siens et toutes les autres options ont été utilisées. L’Inde, la Chine et les États-Unis en ont également fourni quelques-uns, mais pas assez. En raison des altitudes élevées des sites d’intervention, des terrains difficiles et du mauvais temps, un grand nombre d’hélicoptères n’a pas pu être mobilisé de façon efficace. Dans de nombreuses communautés de développement villageois (Village Development Committees ou VDCs), il a ainsi été très difficile d’évacuer les blessés et d’apporter de l’aide.
    Les héliports devront être identifiés et balisés très tôt au niveau des villages et des districts. L’armée et la police devront être dotées d’un nombre suffisant d’hélicoptères. Les MOHP/NEOC devront également avoir leurs propres flottes aériennes.

     

  7. Améliorer la gestion des déplacements internesDe nombreuses personnes ont été déplacées à l’intérieur ou en dehors de leur district d’origine. Cela a généré quelques difficultés en termes d’allocation de l’aide. En outre, dans la vallée de Katmandou, certaines personnes ont trouvé refuge sur différents sites de peur de nouvelles répliques, ce qui a compliqué les recherches pour les trouver et leur fournir de l’assistance.
    Il est particulièrement important de trouver comment améliorer la gestion des populations déplacées.

     

  8. Enlèvement et gestion des débrisLa gestion des débris a été difficile dans les zones rurales comme urbaines. De nombreuses maisons ont vu leurs structures fragilisées et ont dû être détruites. Le nettoyage des décombres a demandé beaucoup d’équipements et des machines lourdes ; il demandera encore beaucoup de temps dans les zones rurales et dans certains quartiers de Katmandou.
    Les décisions en matière de politiques devront être prises en fonction de tous les bâtiments fragilisés et dangereux qui doivent être démolis, mais aussi de tous les débris qui doivent être enlevés.

     

  9. Améliorer la communication avec les populations affectéesLe centre d’appel mis en place au sein du Ministère de l’Information et de la Communication (#1234) a été largement utilisé.
    Ce système devra également être mis en place au sein du Centre national des opérations d’urgence (NEOC) et du Centre de coordination des opérations médicales d’Urgence (HEOC), et être plus largement connu au sein du grand public.

     

  10. Améliorer les capacités nationales en matière d’information et de gestion des données 

    En raison de la complexité géographique du terrain, de nombreux comités de développement villageois et de district n’ont pas été totalement pris en compte.
    Un puissant système de gestion de l’information devra être disponible au sein du NEOC. Il devra être facilement accessible par le Centre national des catastrophes. 

    L’identification, le suivi et l’aide à long-terme des victimes demande une gestion adéquate des données et représente toujours un défi après une catastrophe de grande échelle. Il faut un système ouvert pouvant être utilisé par toutes les organisations mais aussi suivi et ajusté de façon appropriée. La solution pourrait être un système de cartes d’identité des victimes non falsifiables.
    Un système de carte d’identité devra être mis en place.

 

François Grünewald, Directeur général et scientifique du Groupe URD & Anne Burlat, Architecte Dr. en urbanisme, spécialiste des questions urbaines au Groupe URD.

Cet article est une synthèse des leçons apprises suite aux différents travaux menés par le Groupe URD au Népal depuis le séisme de 2015, qui a été présentée à Bruxelles et Paris lors des conférences-bilan un an après la catastrophe.

  1. Pour plus d’informations, voir : F. Grünewald et S. Carpenter ; 2014 ;Urban Disaster preparedness in Katmandu, Nepal; Croix-Rouge britannique et Groupe URD.
  2. Cela signifie que les erreurs commises durant la réponse au séisme d’Haïti devaient être évitées à tout prix.

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