La revue du Groupe URD

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Les déchets des humanitaires : un enjeu d’exemplarité

Sous l’impulsion du Réseau Environnement Humanitaire, l’Observatoire du Groupe URD en Haïti a réalisé, en partenariat avec son partenaire le CEFREPADE, une étude visant à faire un état des lieux des pratiques des ONG en matière de prévention et de gestion de leurs déchets en Haïti. Les acteurs de l’aide génèrent en effet des déchets qui peuvent être nocifs pour l’environnement s’ils ne sont pas gérés de manière adéquate (huiles de vidange, déchets électroniques, déchets médicaux etc.), ce qui est souvent le cas dans les pays d’intervention. Nous présentons ici les principaux résultats de cette étude.

La prise en compte de l’impact environnemental dans la planification et la mise en œuvre des programmes d’aide constitue un enjeu de qualité majeur dont se saisissent le secteur humanitaire, les Nations Unies [1] et les bailleurs de fonds depuis 7-8 ans. Dans un rapport du Joint Environmental Unit [2], le PNUE et OCHA ont alerté en août 2014 sur la nécessité pour les organisations internationales d’intégrer l’environnement de manière transversale afin d’améliorer l’efficacité et la qualité des programmes. Plus spécifiquement, la question des déchets générés dans le cadre des interventions humanitaires (fonctionnement et programmes) est une problématique récurrente à laquelle se confronte et s’interroge le secteur. Les acteurs de l’aide génèrent en effet des déchets qui peuvent être nocifs pour l’environnement s’ils ne sont pas gérés de manière adéquate (huiles de vidange, déchets électroniques, déchets médicaux etc.) ; ce qui est souvent le cas dans les pays d’intervention.

Sous l’impulsion du Réseau Environnement Humanitaire [3], l’Observatoire du Groupe URD en Haïti a par conséquent réalisé, en partenariat avec son partenaire le CEFREPADE [4], une étude visant à faire un état des lieux des pratiques des ONG en matière de prévention et de gestion de leurs déchets en Haïti. Nous présenterons ici les principaux résultats.

Comme dans beaucoup de pays du Sud, la question des déchets en Haïti n’est malheureusement pas perçue comme une priorité par les décideurs publics. Le système des déchets se caractérise par l’absence totale de traitement que ce soit pour les déchets ménagers ou pour les déchets dangereux. En effet, les déchets sont enfouis de manière anarchique dans une des seules [5] décharges du pays (la décharge à ciel ouvert de Truitier) ou simplement laissés dans des dépôts sauvages et les différentes ravines de la ville, ce qui génère une pollution et une contamination des sols sans précédent. D’un point de vue légal, il n’existe pas de loi cadre ni d’agence de tutelle ayant la responsabilité de la gestion des déchets [6].

Face à ce contexte, et si l’on se réfère au principe de l’aide du Do No Harm [7], les ONG et autres acteurs intervenant dans la reconstruction, ont une responsabilité de réduire au minimum la quantité de déchets qu’ils produisent et d’améliorer leur gestion afin qu’elle soit acceptable au regard de la protection de l’environnement.

Pourtant, à l’exception des déchets médicaux pour lesquels les ONG ont mis en place des systèmes de gestion [8], l’étude a montré une faible prise en compte de la thématique des déchets dans le fonctionnement et les programmes d’urgence et de développement des acteurs de l’aide. Nous avons pu constater que les ONG sont généralement peu conscientes des déchets qu’elles produisent et de la manière dont ils sont gérés, au-delà du contrat de service qu’elles passent avec des entreprises locales de collecte. En effet, les liens entre les ONG et les initiatives privées de recyclage développées depuis 2010, sont quasi-inexistants. Par ailleurs, le manque de temps et/ou de compétences spécifiques en interne sur le sujet a été identifié comme un des obstacles au développement de stratégies de prévention et de gestion de leurs déchets.

Or le contexte haïtien présente des opportunités de recyclage dont doivent se saisir les acteurs de l’aide. Un grand nombre de déchets non dangereux (papier/carton/plastiques/métaux/aluminium, etc.) et dangereux (huiles de vidange ou déchets électroniques) peuvent en effet être recyclés en Haïti (voir tableau récapitulatif pour type de déchets et coordonnées des entreprises). Les entreprises privées de recyclage disposent des centres de collecte à travers la ville de Port-au-Prince mais également dans les grandes villes de province (Les Cayes, le Cap Haïtien, Gonaïves, Jacmel, etc.). Le centre de valorisation des déchets Jean-Christophe Fernandes à Cité Soleil, géré par l’Athlétique d’Haïti, peut également constituer une alternative intéressante au simple transport des déchets des ONG à la décharge de Truitier [9]. Les déchets y sont en effet triés pour être ensuite valorisés en compost, en briquettes de substitution au charbon de bois ou pour être revendus.

Dans un contexte où le traitement des déchets est tout juste naissant, il est également nécessaire pour les ONG de réduire la quantité de déchets qu’elles produisent et de remettre en question leurs choix de matériaux et d’emballages utilisés dans le cadre des programmes (formations ou distributions par exemple). Si l’on prend l’exemple du polystyrène expansé, dont l’importation et la consommation sont interdites par la loi depuis 2 ans [10], nous avons pu constater que les acteurs de l’aide en sont jusqu’à présent des consommateurs : les « boites mangers », qui encombrent les ravines et canaux de la ville, continuent par exemple à être utilisées dans le cadre de formation par les ONG ou par les agents des ONG pour les repas du midi. Ce constat pose un souci d’éthique et nous interroge sur la participation des ONG au marché parallèle et illégal du polystyrène expansé alors que des matériaux alternatifs « biodégradables » ou réutilisables sont disponibles dans le pays (même si parfois plus chers et moins répandus).

Les ONG doivent également s’interroger sur l’étendue de leurs responsabilités vis à vis des déchets qu’elles produisent au-delà de ce qui est visible : les huiles de vidange de leur flotte de véhicules ou les déchets d’emballages distribués dans une communauté bénéficiaire sont des exemples de déchets actuellement peu gérés par les ONG.

La mise en place de politiques préventives et de systèmes de gestion adéquats implique toutefois des coûts additionnels et une organisation logistique spécifique. Les matériaux moins nocifs pour l’environnement (ex : papier vs plastique) peuvent en effet coûter plus cher et le transport des déchets recyclables vers les usines de recyclages peut s’avérer plus complexe. Mais la prise en compte de cette thématique de la planification à la mise en œuvre constitue pour les acteurs de l’aide un enjeu d’exemplarité et de transparence, pouvant avoir un impact sur la qualité de leurs programmes et sur leur acceptation dans leurs zones d’intervention.

Des solutions techniques doivent être développées et adaptées au contexte local. Mais surtout, elles doivent prendre place dans un contexte réglementaire qui permettrait également leur prise en compte institutionnelle afin de permettre des changements de pratiques pérennes.

[1] http://www.greeningtheblue.org

[2] Cellule commune OCHA/PNUE en charge de l’analyse du lien entre « environnement » et « humanitaire » : http://www.unocha.org/what-we-do/coordination-tools/environmental-emergencies

[3] Réseau crée en 2012 sous l’impulsion du Groupe URD et dont font partie un certain nombre d’ONG (Solidarités International, ACF, la Croix-Rouge française, MDM, Triangle) cherchant à faciliter l’intégration de l’environnement dans leur organisation et le secteur : http://www.urd.org/Reseau-Environnement-Humanitaire.

[4] Centre Francophone de Recherche Partenariale sur l’Assainissement, les Déchets et l’Environnement.

[5] Une seconde décharge réalisée dans le cadre d’un projet d’appui à l’intercommunalité dans les Palmes a été financée par VNG International, un regroupement de municipalités néerlandaises, et inaugurée en décembre 2014.

[6] Le taux de collecte estimé à 50% s’effectue à la fois par le SMCRS et 12 opérateurs privés auprès desquels les ménages les plus aisés, les entreprises et les ONG ont des abonnements. Un décret datant de 1989 sépare les responsabilités de collecter (SMCRS- Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides) et d’assembler les déchets (les mairies), ce qui rend difficile l’organisation d’une gestion adéquate.

[7] Principe de « ne pas nuire » de l’aide humanitaire qui a émergé dans les années 90, selon lequel l’action humanitaire doit prendre conscience et réduire ses impacts négatifs sur la zone d’intervention.

[8] Incinération/Exportation.

[9] Pour plus d’information concernant cette plateforme : https://www.youtube.com/results?search_query=fatra+cefrepade
Les ONG doivent négocier les modalités de transport et de paiement avec l’Athlétique d’Haïti et le CEFREPADE (le prix dépend du volume et varie entre 100 et 500 USD par mois).

[10] Arrêté datant du 18 juillet 2013 interdisant la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation, des sacs en polyéthylène et des objets en polystyrène expansé (PSE) communément appelés « styrofoam ». A noter qu’en raison de la porosité des frontières, le degré de mise en application de cet arrêté est très faible, et les sacs en polyéthylène (dit sachets noirs) et « boites manger » sont encore très présents sur le marché haïtien.